Au cœur des remous politiques qui agitent encore le Gabon, l’analyse de Télesphore Obame Ngomo résonne comme une alerte contre la tentation autoritaire et les incohérences idéologiques d’une partie de la classe politique. Dans un contexte post-transition où les institutions tentent de se réinventer, la question de la légitimité des élections législatives et locales de 2024 alimente les passions, entre appels à l’annulation et défense acharnée du processus démocratique.

En s’inspirant du célèbre essai de François Mitterrand, Le Coup d’État permanent, Télesphore Obame Ngomo attire l’attention sur le risque de dérive autoritaire que pourrait représenter une décision présidentielle d’annuler les élections sous la pression d’une minorité politique mécontente. Une telle action, affirme-t-il, serait non seulement contradictoire avec les principes mêmes que les acteurs politiques ont défendus en rejetant la nouvelle Constitution lors du référendum de novembre 2024, mais elle ouvrirait également la voie à une dangereuse instabilité institutionnelle.

Incohérences et opportunisme politique

L’auteur souligne le paradoxe de certains opposants politiques : après avoir dénoncé la concentration des pouvoirs présidentiels dans la nouvelle Constitution, les voilà qui sollicitent maintenant une intervention présidentielle hors cadre légal pour obtenir l’annulation d’un scrutin. « À ce niveau de l’analyse, il y a un problème de cohérence », écrit-il, rappelant que la démocratie repose sur la constance des principes, même lorsque les résultats ne sont pas en faveur de ses promoteurs.

Pour Télesphore Obame Ngomo, les appels à l’annulation des élections traduisent surtout des motivations personnelles, allant de la volonté de rejouer une défaite électorale à la crainte pour certains partis de disparaître faute d’élus. S’il reconnaît la légitimité des ambitions personnelles, il insiste sur la nécessité de rester dans un cadre républicain. « La démocratie se pense, se construit, se corrige, mais ne se tord pas au gré des humeurs électorales », prévient-il.

Un débat tronqué et des preuves absentes

Au-delà des critiques de fond, l’analyse fustige la faiblesse argumentative de certains intellectuels et acteurs politiques. Il interpelle notamment le Dr Éric Simon Nzue Obiang, figure de l’opposition, l’invitant à produire des données factuelles et vérifiables pour justifier ses appels à l’annulation des élections, au lieu de s’en remettre à une rhétorique jugée stérile.

« Où sont donc vos chiffres ? », interroge Obame Ngomo, insistant sur la nécessité d’une approche rigoureuse, méthodique et conforme à la loi, notamment en ce qui concerne le traitement des contentieux électoraux. Pour lui, seuls des recours ciblés et localisés dans les bureaux litigieux peuvent être recevables, et non une remise en cause globale du scrutin.

Un précédent dangereux pour la démocratie

L’auteur met en garde contre la tentation de céder à une forme de « coup d’État permanent », qui verrait le pouvoir politique s’arroger le droit d’annuler des élections au gré des pressions. Une telle pratique créerait une jurisprudence dangereuse, affaiblissant durablement la crédibilité de l’État de droit au Gabon. Il y voit une contradiction majeure avec les aspirations démocratiques affichées lors de la chute du régime d’Ali Bongo Ondimba.

« Si l’on accepte aujourd’hui que le Président de la République annule ces élections, alors qu’avons-nous réellement reproché à Ali Bongo et à l’ancien régime ? », conclut-il avec une force rhétorique implacable.

Un appel à la maturité politique

Au final, Télesphore Obame Ngomo appelle les acteurs politiques à plus de cohérence, de maturité et de respect des institutions. La démocratie ne saurait être à géométrie variable. La République doit se construire sur des bases solides, et non sur les frustrations de certains ou les rêves de revanche d’autres.

Alors que le Gabon poursuit sa transition, l’heure n’est plus aux calculs partisans, mais à l’enracinement réel de l’État de droit. À tous ceux qui, en 2023, ont promis une refondation démocratique, l’histoire demandera bientôt des comptes. Et elle sera, comme toujours, sans complaisance.





Assistant Edu Gabon