Libreville, 8 octobre 2025 –Convergence Afrique.
Bien décidé à remettre de la discipline dans un secteur minier encore gangrené par l’informel, le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, a réuni ce mercredi à Libreville les opérateurs du secteur aurifère. Une rencontre aux allures de mise au point, tant les enjeux économiques, environnementaux et géopolitiques autour de l’or gabonais sont désormais scrutés de près par le pouvoir.
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Vers une gouvernance minière assumée
Dans un discours ferme, le Chef de l’État a réaffirmé une volonté déjà exprimée en novembre 2024 : faire de l’or un levier stratégique pour les finances publiques et le développement national. « L’or appartient à l’État. Il doit profiter à tous les Gabonais », a martelé Oligui Nguema, appelant à une exploitation souveraine, durable et équitable.
Le message est clair : fini le temps du flou réglementaire et des permis octroyés à la pelle. L’heure est à la restructuration en profondeur d’un secteur encore trop dominé par l’orpaillage illégal, souvent opéré par des ressortissants étrangers dans des zones reculées comme Ndjolé, Makokou ou encore Mitzic.
Selon des chiffres communiqués par les services compétents, plusieurs kilogrammes d’or – d’une valeur estimée à plus d’un milliard de francs CFA – ont été saisis au cours des derniers mois. Une fuite massive de richesses qui n’échappe plus au radar du Palais du bord de mer.
Une batterie de réformes en gestation
Pour redresser la barre, le président a dévoilé une série de directives ambitieuses. Au programme :
Un audit national du secteur aurifère ;
Le renforcement des contrôles et la prohibition stricte de l’exploitation sans permis ;
La mise en place d’un système de surveillance satellitaire pour identifier les activités clandestines ;
L’interdiction de l’orpaillage artisanal non encadré ;
L’exigence d’une caution bancaire pour tout opérateur agréé ;
Le raffinage obligatoire de l’or sur le territoire gabonais ;
L’adoption d’une grille nationale pour la fixation des prix ;
Et, enfin, le retrait immédiat des permis pour les opérateurs en infraction, couplé à une réduction drastique du nombre de titres délivrés.
Une batterie de mesures qui devrait rebattre les cartes dans un secteur où la spéculation, le trafic et les arrangements parallèles ont longtemps prospéré dans l’ombre.
Entre souveraineté économique et diplomatie minière
Cette reprise en main du secteur aurifère n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une logique plus large de réaffirmation de la souveraineté économique du Gabon, amorcée depuis la prise de pouvoir d’Oligui Nguema en août 2023. À l’heure où les cours de l’or atteignent des sommets sur les marchés internationaux, le pays entend tirer profit de ses ressources… mais à ses conditions.
Le président gabonais sait qu’il marche sur une ligne de crête. Il lui faut rassurer les investisseurs, sans compromettre la nécessité d’un encadrement strict. En imposant le raffinage local et en contrôlant la chaîne de valeur, Libreville envoie un signal fort : le Gabon ne veut plus être un simple point d’extraction, mais un acteur à part entière de l’industrie aurifère régionale.
Un secteur sous tension, mais porteur d’espoir
Si les réformes annoncées sont bien mises en œuvre, le secteur aurifère pourrait devenir un puissant levier de développement local et de création d’emplois, notamment dans les zones rurales où l’orpaillage constitue souvent l’unique activité économique.
Mais le défi est immense. Entre les intérêts privés déjà installés, la porosité de certaines administrations locales, et la résistance probable des filières clandestines, la tâche s’annonce délicate.
Reste que pour Brice Clotaire Oligui Nguema, la bataille de l’or ne fait que commencer. Et elle sera sans doute l’un des tests majeurs de sa capacité à réformer en profondeur un État longtemps miné par les circuits parallèles.




