À Libreville, le Garde des Sceaux a ouvert, les 13 et 14 janvier, une séquence politique inédite en réunissant l’ensemble des acteurs judiciaires. Objectif affiché : poser les bases d’une réforme construite collectivement, loin des injonctions verticales.
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Libreville, 15 janvier 2026. Convergence Afrique.
Le signal est clair, le message assumé. À peine installé à la tête du ministère de la Justice, le Garde des Sceaux, chargé des Droits humains, Augustin Emane, a choisi d’ouvrir le chantier judiciaire par le dialogue. Deux jours durant, les 13 et 14 janvier, la Chancellerie a accueilli une série de concertations d’envergure avec l’ensemble des forces vives de la justice gabonaise. Un exercice rare, qui rompt avec les pratiques habituelles et engage, de fait, la responsabilité collective de tous les acteurs du système.
Autour du ministre, l’appareil administratif du département était mobilisé dans toutes ses composantes : Secrétaire général, Directeur de cabinet, directeurs généraux et conseillers techniques. Face à eux, un échantillon quasi exhaustif de la chaîne judiciaire : magistrats du siège et du parquet, présidents de juridictions, procureurs, Barreau du Gabon, huissiers de justice, conseils juridiques, syndicat judiciaire, sans oublier l’Association des femmes greffières.
Cette configuration, peu fréquente sous ces latitudes, n’avait rien d’un simple rituel protocolaire. Elle traduisait une volonté politique affirmée : comprendre les blocages de l’intérieur avant d’esquisser les solutions. En présentant sa note de mission – véritable feuille de route de son action – Augustin Emane a donné le ton d’une gouvernance fondée sur l’inclusivité et la concertation.
Très vite, les échanges ont dépassé les formules de courtoisie. Les participants ont livré un état des lieux sans fard du fonctionnement de l’institution judiciaire. Insuffisance des moyens matériels et humains, engorgement chronique des juridictions, lenteur des procédures, conditions de travail dégradées : les griefs sont connus, mais rarement exposés avec une telle franchise dans un cadre officiel.
À ces difficultés structurelles s’ajoutent des interrogations plus profondes sur l’indépendance, la lisibilité et la crédibilité de la justice, autant de facteurs qui nourrissent, dans l’opinion publique, un sentiment de défiance persistant. En acceptant ce diagnostic collectif, le ministre a pris le risque politique de regarder la réalité en face.
Mais ces concertations n’ont pas été un simple inventaire des maux. Magistrats, avocats, greffiers et auxiliaires de justice ont également formulé des propositions concrètes : rationalisation des procédures, renforcement des effectifs et des équipements, meilleure coordination entre les acteurs, valorisation des ressources humaines, clarification des rôles institutionnels.
En ouvrant cet espace de contribution, Augustin Emane a implicitement acté un principe fondamental : la réforme de la justice ne saurait être décrétée depuis les bureaux de l’administration centrale. Elle doit être co-construite avec ceux qui, au quotidien, font vivre l’institution.
Au terme des échanges, le Garde des Sceaux a annoncé l’instauration de rencontres mensuelles, tant multilatérales qu’unilatérales, destinées à assurer le suivi des recommandations formulées. Une annonce qui marque un changement de paradigme : celui d’un dialogue permanent, conçu comme un outil de pilotage, d’évaluation et d’ajustement des politiques judiciaires.
Ces concertations ne constituent ainsi que la première étape d’un processus plus ambitieux : reconstruire une justice plus efficace, plus crédible et plus proche des citoyens. Le pari est à la fois institutionnel et politique. Il engage le ministre, certes, mais aussi l’ensemble des acteurs désormais associés à la réflexion et à l’action.

Dans un contexte où la justice gabonaise est scrutée, critiquée et souvent incomprise, le choix du dialogue apparaît comme un préalable indispensable. Reste désormais l’épreuve décisive : celle de la traduction concrète des engagements pris. Condition sine qua non pour que cette ouverture ne demeure pas un simple exercice de communication, mais devienne le socle d’une réforme attendue et nécessaire.
Joy kengue





