Sans surprise, il y a quelques jours, nous avons encore été témoins d’une scène qui apparaît désormais comme un marronnier pour beaucoup d’entre nous qui observons la scène politique Gabonaise. Les sorties médiatiques (comme à n’en plus finir) d’Alain-Claude Bilie by Nze deviennent un menu bien amer pour la dégustation cérébrale de nombreux de nos citoyens. Un acte politique qui ressemble désormais à la politique du happening américain, qui consiste pour un acteur politique à attirer de l’attention.
Après un échec sur le véritable terrain de la conviction électorale le 12 Avril 2025 , l’homme s’acclimate bien à cet exercice sur le marché de la conviction. Au cours de ses dernières virées, nous avons vu un homme égal à lui-même dans son champ préféré : la « poésie surréaliste ». Cela rappelle l’époque d’Honoré de Balzac dans Illusions perdues.
Comme Molière le postulait, « la parfaite raison fuit toute extrémité », il convient de souligner qu’aucune spéculation médiatique ou commentaire passionnel ne saurait préjuger du rôle historique et de l’action de Bilie by Nze dans le cadre institutionnel du Gabon. Les faits sont têtus, que dis-je, le VAR n’est pas l’ami de quelqu’un (pour parler comme un célèbre internaute). Les analyses alarmistes, qui prédisent des bouleversements imminents pour l’État gabonais et ses institutions, relèvent de la futurologie, une science qui n’a jamais été codifiée par des logiciens. Peut-être cela relève-t-il de la nuit des rêves de Madame Soleil, très connue pour son art divinatoire. Elle ne saurait se substituer aux faits et aux procédures établies par la République, ni aux codes du principe de responsabilité historique que convoque Jean-Jacques Robrieux dans son ouvrage Rhétorique et Argumentation : « Toute figure devrait être appréciée dans une perspective historique ». Cela dit, dans le langage du temps, le cours moyen et le long terme plutôt que d’être appréciée par les caprices de la météo médiatique et politique.
La majorité des Gabonais sont restés sur leur faim, que ce grand acteur du marché de la conviction n’a pu rassasier avec des arguments ad rem (fondés sur leurs attentes et leurs désidératas). Pourtant, il convient de rappeler que le personnage bénéficie d’un talent exceptionnel que tout le monde lui reconnaît depuis le bouleversement du régime d’Ali Bongo Ondimba, qu’il a servi avec abnégation et loyalisme : un juge et critique sans pareil dans le débat public, mais toujours dans un registre que Camus connaissait très bien, celui de «l’ambiguïté».
Or, pour la nécessité d’un public ou auditoire éclairé (Perelman), l’on a moins vu des arguments susceptibles de convaincre le commun des Gabonais, seuls capables de voter au moment d’exprimer les suffrages dans les urnes le moment opportun et de savoir ce qui leur sied. À ce niveau, l’on s’est ipso facto persuadé de la pertinence des incohérences entre le texte de cet apôtre des évangiles de masse et la clarté qu’apporte Chaïm Perelman entre les verbes convaincre et persuader : persuader renvoie à l’adhésion d’un public particulier, socialement et idéologiquement situé ; en ce sens il conviendrait de s’adresser prioritairement aux Gabonais, donc de produire une argumentation ancrée dans un public national déterminé (rapport à la cible de l’information, émettre un message à destination de la cible/ le Gabon et ses citoyens). Or s’adresser à un public indéterminé revient à relativiser, voire affaiblir , le principe de proximité qui gouverne la primeur d’une information.
Tandis que convaincre suppose une argumentation capable de résister à l’épreuve d’un public universel, c’est-à-dire lorsque l’on parle des choses du Gabon en France, hors du Gabon, cette stratégie consiste moins à résoudre les problèmes politiques internes qu’à rechercher un capital de sympathie, voire à démontrer à certains acteurs internationaux ayant soutenu la Transition que « l’enfer, c’est les autres». Certes, ce public international, également mû par la rationalité, n’est pas celui qui devrait proposer des réponses politiques devant résoudre les difficultés concrètes de nos concitoyens. Autrement dit, Bilie by Nze semble davantage chercher à persuader un public international qu’à convaincre un public strictement national ( champ de la compétition électoral). C’est une stratégie de recherche de potentielles alliances en dehors du pays, politiquement recevable et légitime( toute stratégie de communication comporte une dimension externe), certes mais qui, du point de vue de la communication politique, produit un effet de décalage entre la rhétorique de la validité rationnelle et celle de l’efficacité médiatique qui est toute aussi pertinente. En suivant ses dernières sorties,comme beaucoup d’observateurs, nous nous sommes rendu compte qu’il n’était pas un prophète de piété, mais plutôt du type Madame Soleil, qui voit l’idéal politique moderne à travers des imaginaires relevant du monde des rêves, et donc des incertitudes du monde abstrait des clichés. Comme lors de son passage à l’émission » Un candidat, un projet » durant la présidentielle, l’on s’est ipso facto fois aperçu que notre grand adepte de l’univers des médias est passé outre la raison, en empruntant le système de l’école de Protagoras : « l’art d’avoir toujours raison».
L’examen des responsabilités politiques ou des interactions entre les acteurs, les populations et les groupes de pouvoir que fait Bilie by Nze, ou que devrait faire tout acteur politique, doit suivre la démarche scientifique et rigoureuse décrite par Gaston Bachelard : observation, hypothèse, vérification et loi. Les rumeurs sur des prétendues manœuvres antidémocratiques ou la fin supposée d’un plébiscite du peuple gabonais à l’idéal de construction du nouveau Gabon ne sont que des théâtres de spéculation, dignes de « l’absurde », s’il convient d’emprunter le dialecte d’Albert Camus.
L’homme politique Bilie by Nze a exercé ses fonctions dans le cadre strict de l’État et donc en tant que haut commis de l’État. Il devrait savoir que les institutions reçoivent des instructions et que la légalité prime sur la rumeur, encore moins sur la passion ou les décisions hâtives (principe d’agenda). Comme le souligne Montesquieu dans De l’esprit des lois, l’équilibre des pouvoirs et la séparation des responsabilités garantissent la stabilité politique. Le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire sont conçus pour fonctionner avec rigueur et méthode, indépendamment des interprétations journalistiques ou des ambitions politiques de quelques acteurs que ce soient.
Au vu des premiers vagissements de la Cinquième République, l’on sait reconnaître qu’il y a eu quelques erreurs d’appréciation, ce qui fait que le gouvernement actuel corrige la copie au moindre vent, ce qui n’a pas toujours été le cas au moment où vous étiez proche des loges qui impulsaient les décisions. D’ailleurs, l’opinion se rappellera que vous les défendiez bec et ongles dans des litanies de conférences de presse taillées à la mesure de monologues plutôt que d’un échange régalien véritable et ouvert, mêmes aux critiques véhémentes de nos confrères. Chose qu’on peut vous concéder : on parlerait ici de protocole.
C’est bien d’être aujourd’hui dans l’habit d’opposant pour réaliser que la République gabonaise a besoin d’un débat contradictoire et continuel pour interroger ses trajectoires démocratiques. Ce rôle d’accusateur, certes politiquement correct, parce que la démocratie en a besoin, ne devrait pas vous obliger à faire usage d’une rhétorique catastrophiste et à venir sur l’esplanade des médias internationaux, parfois coupés de la règle sacrée du principe de proximité, pour donner des « avis de tempête sur le Gabon ». Il faut rappeler que la démocratie gabonaise et ses institutions ne sauraient être réduites à des clichés médiatiques, souvent mus par des déclinaisons éditorialisées de valeurs incommodes à nos caractéristiques politiques, techniques , géographiques et idéologiques endogènes .
Les spéculations sur l’action ou l’avenir politique du Président de la République, chef du gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, sont des constructions narratives superficielles, reposant sur des affabulations et des extrapolations conceptuelles, et ne respectent pas la méthodologie scientifique du journalisme rigoureux : choses vues, senties, vécues( qui a fait quoi où et quand). Nos confrères sont donc invités à venir sur le terrain (le Gabon est un environnement politique compétitif qui respecte le professionnalisme et la liberté de la presse), comme on le dit souvent dans les écoles de journalisme, pour établir des éditions d’information et des reportages qui s’appuient sur les faits vécus, les choses senties et entendues, car nous sommes à une époque idéologique où la médiasphère est tentaculaire et parfois très suggestive. Cette géopolitique de l’information privilégie le commentaire en fonction du bloc idéologique plutôt que la recherche de l’objectivité et de la vérité, ce qui fait qu’aujourd’hui la vérité des Grecs n’est pas tout à fait celle des Juifs, que l’on soit dans un média comme dans un autre.Comme le préconisait Aristote, la politique est une affaire de prudence (phronèsis) et de juste mesure. Les analyses extrêmes ou les prédictions sensationnalistes entendues çà et là trahissent l’absence de sagesse et d’outils nécessaires à la compréhension de notre environnement politique et institutionnel. « Il faut savoir raison garder », disait Molière dans Le Misanthrope, et cette maxime reste valable pour toute lecture des actes politiques de Bilie by Nze et de son lot de soutiens.
En définitive, l’action du nouveau régime, de la période de transition passée (phase exceptionnelle) et présente (celle du retour définitif à la régularité constitutionnelle), doit être appréciée dans le respect des procédures, de la loi et de la vérité des faits, et non sur la base d’hypothèses journalistiques ou de spéculations médiatiques de mauvaise foi.
La République gabonaise, tout comme le Président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, n’ont pas besoin d’ordonnances ni de diagnostics biaisés d’hommes politiques en quête d’approbation, mais de l’avis éclairé des citoyens qui vivent des situations humanitaires urgentes( la seule grille de lecture qui sied pour le Président de la République) , auxquelles le gouvernement s’attèle au quotidien pour trouver des solutions idoines, progressives et durables.
Dans le texte et les iconèmes ( unités constitutives des sons et des images) de cette émission, nous avons vu l’image d’un cadavre exquis. Loin de satisfaire à l’appréciation scientifique sincère, son discours relève du paratexte : une disposition argumentative qui ne disposerait que d’arguments ad personam( procès sur les hommes) , au détriment de véritables mécanismes d’analyse scientifiquement corrects, fondés sur des éléments institutionnels solides garantissant la comparabilité de l’efficacité, la légitimité des pouvoirs publics, la protection de la démocratie et la primauté de l’État de droit.( Contradictoire aux arguments ad rem qui sont basés sur des faits )
Oubliant parfois un passé proche, cette époque que l’on considérait comme celle de la sentence de Plaute «Homo homini lupus» , en d’autres termes l’homme est un loup pour l’homme ( l’approche Obbesienne de l’état de nature et de la violence) . Dans le contexte de refondation politique, l’on peut reconnaître que certaines habitudes ont la peau dure. Mais le Président de la République est un homme équilibré, et c’est ce qui fait de lui un homme d’ouverture et de consensus. Bien qu’issu des milieux des armes, il est convaincu que le dialogue et l’écoute sont des idéaux à toute œuvre de construction durable de la confiance citoyenne envers les institutions. C’est pourquoi la méthode qu’il a prescrite depuis la transition jusqu’à ce jour à ses collaborateurs est celle de l’inclusivité et de la tolérance : celle qui ne considère pas le jeu institutionnel comme une affaire de clercs des salons feutrés et de camps hermétiques, mais plutôt comme celle de l’ensemble de toutes les composantes ethniques, provinciales et idéologiques confondues. Gage des Bonnes pratiques de démocratie participative que souhaite la communauté internationale et les partenaires du Gabon au développement.
Par ROY ATIRET BIYE,
Journaliste Éditorialiste politique ,
Certifié IDEA International en analyse politique et électorale,
En spécialisation en Francophonie, Stratégies et Relations internationales (IRIC).
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