À Libreville, le pouvoir veut désormais compter les actes plus que les promesses. Cent jours après la mise en place de la nouvelle équipe gouvernementale, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu, ce 19 mai, le rapport d’évaluation présenté par le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault. Un exercice de reddition des comptes encore rare dans les habitudes administratives du pays, mais que les autorités souhaitent ériger en méthode de gouvernance.
Derrière cette séquence hautement politique se dessine une volonté claire : installer une culture de performance dans l’appareil d’État et convaincre une population impatiente que la transition vers la Ve République ne se limitera pas à des discours.
Selon les conclusions présentées au chef de l’État, plusieurs ministères auraient atteint voire dépassé les objectifs fixés lors de la réunion du 5 février dernier, au cours de laquelle chaque membre du gouvernement avait reçu une feuille de route précise pour une période de cent jours. Les secteurs concernés n’ont pas été détaillés officiellement, mais l’exécutif évoque des « résultats satisfaisants dans l’ensemble ».
Le rapport reconnaît toutefois des retards et certaines contre-performances dans l’exécution de plusieurs projets. Un aveu qui tranche avec la communication institutionnelle souvent triomphaliste observée ces dernières années au Gabon. Pour le pouvoir, l’enjeu est désormais moins de masquer les difficultés que de démontrer sa capacité à corriger rapidement les insuffisances.
Face à Hermann Immongault et aux membres du gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema a insisté sur « l’efficacité », le « pragmatisme » et surtout l’impact concret des politiques publiques sur le quotidien des Gabonais. Un message qui traduit la pression pesant sur l’exécutif à mesure que montent les attentes sociales, notamment sur l’emploi, les infrastructures, l’accès aux services publics et le coût de la vie.
Le président gabonais a également demandé une accélération significative des projets en cours afin de respecter les délais annoncés. Dans l’entourage du pouvoir, certains reconnaissent que plusieurs chantiers stratégiques avancent encore trop lentement, notamment en raison de lourdeurs administratives persistantes et de contraintes budgétaires.
Autre priorité affichée : la communication gouvernementale. Le chef de l’État a appelé l’ensemble des ministres à mieux informer les populations sur les réformes engagées et les résultats obtenus. Un axe devenu essentiel pour un exécutif conscient que la bataille de l’opinion se joue désormais autant sur le terrain que dans l’espace médiatique et numérique.
Cette exigence de visibilité traduit aussi une transformation du style de gouvernance impulsé depuis le palais présidentiel : multiplication des évaluations, obligation de résultats et suivi rapproché des engagements publics. Pour les autorités, il s’agit de rompre avec une administration longtemps accusée d’inertie et de faible redevabilité.
Reste désormais à savoir si cette mécanique d’évaluation produira des effets durables au-delà de l’affichage politique. Car pour une partie des Gabonais, les indicateurs de réussite ne se mesureront pas dans les rapports administratifs, mais dans l’amélioration tangible des conditions de vie.




