Libreville. Dans un contexte marqué par une demande croissante en électricité et des ambitions industrielles de plus en plus affirmées, le Gabon cherche à franchir une nouvelle étape dans la transformation de son secteur énergétique. Le 17 mars 2026, la capitale gabonaise a accueilli une table ronde stratégique réunissant autorités publiques, institutions financières internationales et investisseurs privés autour d’un même objectif : mobiliser les financements nécessaires au développement des infrastructures hydroélectriques et des réseaux de transport d’électricité du pays.
Organisée par Gabon Power Company (GPC), avec l’appui de la Banque mondiale, cette rencontre de haut niveau témoigne de la volonté des autorités gabonaises de faire de l’énergie un levier central de la diversification économique et de la souveraineté nationale.
Présidée par le vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier, la rencontre a rassemblé plusieurs membres du gouvernement, des représentants des Nations unies, de l’Union européenne, de la Banque mondiale, de la Société financière internationale (SFI), de la Banque africaine de développement (BAD), d’Afreximbank ainsi qu’un large éventail d’acteurs privés du secteur énergétique.
Dans son discours d’ouverture, le vice-président a rappelé que le développement des infrastructures énergétiques constitue l’une des priorités stratégiques du président Brice Clotaire Oligui Nguema. Au-delà de la seule augmentation de la production électrique, l’enjeu consiste désormais à assurer un acheminement efficace de l’énergie vers les ménages, les entreprises et les futurs pôles industriels du pays.
Cette question devient particulièrement cruciale alors que le Gabon mise sur la transformation locale de ses ressources naturelles et sur le développement de son secteur minier, deux activités fortement consommatrices d’électricité.
Avec ses nombreux cours d’eau et un potentiel hydroélectrique parmi les plus importants d’Afrique centrale, le Gabon dispose d’atouts considérables pour répondre à ses besoins énergétiques tout en renforçant son engagement en faveur d’une croissance bas carbone.
Pourtant, une grande partie de ce potentiel reste encore sous-exploitée. C’est précisément ce constat qu’a souligné Jie Tang, responsable de pratique à la Banque mondiale, en réaffirmant l’engagement de l’institution à accompagner le gouvernement gabonais dans la structuration de projets durables, conciliant impératifs économiques, exigences environnementales et inclusion sociale.
Au-delà des financements, les partenaires internationaux souhaitent également renforcer leur assistance technique afin d’améliorer la planification du secteur et la gouvernance des investissements.
Au centre des discussions figuraient plusieurs projets majeurs portés par Gabon Power Company, bras armé du Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS) dans les secteurs de l’eau et de l’électricité.
Parmi les infrastructures les plus emblématiques figurent les barrages hydroélectriques de Kinguélé Aval, dont la mise en service est attendue en 2026, de Ngoulmendjim et surtout de Booué, projet phare appelé à produire 400 MW à lui seul.
Le portefeuille de GPC comprend également des centrales thermiques à gaz, notamment à Mayumba et Owendo, destinées à sécuriser l’approvisionnement électrique du pays pendant la montée en puissance des énergies renouvelables.
À terme, l’ensemble de ces investissements devrait permettre d’ajouter plus de 700 MW au réseau national, de construire plus de 300 kilomètres de lignes électriques et de générer plus de 4 000 emplois directs.
Si les perspectives sont prometteuses, plusieurs défis demeurent. Selon Philippe Ossoucah, directeur général de GPC, la mobilisation des financements reste étroitement liée à la capacité des projets à répondre aux standards internationaux en matière de protection de l’environnement.
Le Gabon, qui abrite l’un des massifs forestiers les plus importants de la planète et une biodiversité exceptionnelle, doit concilier développement énergétique et préservation de son patrimoine naturel.
Les investisseurs et les bailleurs de fonds exigent ainsi des études environnementales approfondies ainsi que des mécanismes robustes de compensation et de suivi.
Autre enjeu majeur : l’évacuation de l’électricité produite dans les zones à fort potentiel hydroélectrique vers les principaux centres urbains et industriels. Le renforcement des réseaux de transport apparaît désormais aussi stratégique que la construction des centrales elles-mêmes.
L’un des moments marquants de la rencontre a été la signature d’un accord entre la Société financière internationale (SFI) et Hydroneo portant sur la réalisation des études préparatoires du projet hydroélectrique d’Irouba, dans le sud du pays.
Cette annonce illustre la confiance croissante des partenaires internationaux dans le potentiel énergétique gabonais et pourrait ouvrir la voie à de nouveaux investissements dans les années à venir.
Pour le gouvernement, l’objectif est clair : faire émerger un écosystème énergétique capable de soutenir durablement la croissance économique, l’industrialisation et l’amélioration des conditions de vie des populations.
Au terme de cette table ronde, l’ensemble des participants ont réaffirmé leur volonté de renforcer la coopération entre l’État gabonais, les institutions financières internationales et le secteur privé.
Plus qu’une simple rencontre technique, cet échange apparaît comme une étape importante dans la construction de la future architecture énergétique du pays. Avec près de 900 milliards de FCFA d’investissements en cours de développement et plusieurs projets majeurs attendus dès 2026, le Gabon entend transformer son potentiel hydroélectrique en véritable moteur de développement.
Reste désormais à traduire les engagements affichés en réalisations concrètes. Car pour le pays, l’électricité n’est plus seulement un service public : elle devient l’un des piliers de sa stratégie d’émergence économique et industrielle.
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