À Nkok, au cœur de la zone industrielle gabonaise, une usine de fabrication de médicaments pourrait bien devenir l’un des piliers de la stratégie nationale d’accès aux soins. En visitant les installations de La Santé Pharmaceutique, la ministre de la Santé, Professeure Elsa Nkana Joséphine Ayo épouse Bivigou, est venue évaluer les capacités réelles de cette unité industrielle appelée à jouer un rôle majeur dans la lutte contre les pénuries de médicaments.

Cette visite s’inscrit dans le prolongement des instructions données par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, à l’issue d’une rencontre avec les acteurs du secteur pharmaceutique. Le chef de l’État avait alors exprimé son incompréhension face à une situation paradoxale : tandis que plusieurs établissements de santé peinent à disposer des médicaments les plus élémentaires, des stocks importants de produits fabriqués localement risquent d’arriver à expiration.
Pour le gouvernement, cette contradiction ne peut plus perdurer. La disponibilité des médicaments constitue désormais une priorité de l’action publique, et la relance de la production locale apparaît comme l’un des leviers les plus efficaces pour renforcer la souveraineté sanitaire du Gabon.

Sur le terrain, la délégation ministérielle a découvert une infrastructure moderne, équipée de technologies répondant aux standards internationaux. Au-delà des installations, la visite a permis d’évaluer les capacités industrielles de l’entreprise ainsi que les obstacles qui freinent encore son plein fonctionnement.
« Dans le cadre de la politique d’amélioration de l’accès aux médicaments pour les populations gabonaises prônée par le Chef de l’État, il était important pour nous de venir voir cette usine, évaluer ses capacités de production, comprendre son fonctionnement et examiner les possibilités d’accroître sa production, notamment vers les médicaments injectables », a déclaré la ministre.

Les chiffres illustrent le potentiel de cette unité de production. La Santé Pharmaceutique est en mesure de produire quotidiennement plus d’un million de comprimés et près de 150 000 bouteilles de sirop. Des volumes qui positionnent déjà l’entreprise parmi les acteurs industriels les plus prometteurs d’Afrique centrale dans le domaine des médicaments homologués.
Pour son directeur général, Rajeev Lila, cette ambition ne pourra toutefois se concrétiser sans un engagement plus fort des pouvoirs publics et des investisseurs. Il plaide pour une ouverture du capital de l’entreprise à l’État ainsi qu’à des partenaires stratégiques capables d’accompagner son développement et de faire du Gabon un véritable hub pharmaceutique sous-régional.

Au-delà de la visite officielle, le déplacement de la ministre traduit un changement d’approche des autorités : plutôt que de dépendre exclusivement des importations, le Gabon entend désormais valoriser son appareil industriel pour sécuriser son approvisionnement en médicaments.

Si les orientations présidentielles sont rapidement traduites en mesures concrètes, les stocks disponibles à Nkok pourraient contribuer à soulager les structures sanitaires confrontées aux ruptures d’approvisionnement, tout en donnant une nouvelle impulsion à l’industrie pharmaceutique nationale. Pour Libreville, l’enjeu dépasse la seule production : il s’agit de bâtir une véritable souveraineté sanitaire, capable de répondre durablement aux besoins des populations.

Joyce Kengue



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