La bataille pour la libération du journaliste Médard Tounda Youbi prend une nouvelle dimension. Après plusieurs semaines de mobilisation, le Réseau National des Journalistes Indépendants (RENAJI) et le Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale (REDHAC) ont choisi la voie du dialogue institutionnel. Le vendredi 10 juillet 2026, une délégation conjointe a été reçue au Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), où elle a porté le dossier du journaliste devant le deuxième Vice-président de l’institution, Geoffroy Foumboula Libeka Makosso.

Au-delà du cas individuel de leur confrère, les deux organisations veulent faire de cette affaire un test de la capacité des institutions gabonaises à concilier indépendance de la justice, respect des droits fondamentaux et protection de la liberté de la presse.
Conduite par Aimé Serge Boulingui, président national du RENAJI, et Jeanne Clarisse Dilaba, coordinatrice pays du REDHAC, la délégation réunissait également Marielle Ekome, Annie Ginette Mapangou, Marie-Ange Redombina Yeno ainsi que le conseiller Ulrick Marc Malekou Ma Malekou. Face au responsable du CESEC, les représentants des deux organisations ont volontairement privilégié un ton mesuré, évitant toute remise en cause frontale de l’autorité judiciaire.

Leur argumentaire s’appuie néanmoins sur plusieurs éléments qu’ils jugent préoccupants. Incarcéré à la prison centrale de Libreville depuis le 23 avril 2026, Médard Tounda Youbi a vu plusieurs chefs d’accusation abandonnés au fil de l’instruction. Plus encore, une décision de mise en liberté provisoire aurait été prononcée sans être effectivement exécutée, alimentant les interrogations de ses soutiens sur le déroulement de la procédure.

Pour Aimé Serge Boulingui, cette situation mérite d’être clarifiée dans les meilleurs délais afin de préserver la crédibilité des institutions judiciaires.
« Notre démarche s’inscrit pleinement dans le respect des institutions et de l’État de droit. Nous ne contestons pas l’indépendance de la justice, mais nous plaidons pour son impartialité. Dans toute démocratie, la détention doit rester la stricte exception et la liberté la règle. Nous privilégierons toujours la concertation pour obtenir la libération de notre confrère », a-t-il déclaré.

Même ligne du côté du REDHAC. Jeanne Clarisse Dilaba estime que le traitement réservé aux journalistes constitue un indicateur essentiel de la vitalité démocratique d’un pays. Pour elle, le respect des garanties procédurales et du droit à un procès équitable demeure un impératif auquel aucune démocratie ne peut renoncer.

En face, Geoffroy Foumboula Libeka Makosso s’est montré attentif aux préoccupations exprimées. Tout en réaffirmant son attachement au rôle fondamental des médias dans une société démocratique, le deuxième Vice-président du CESEC a rappelé que la liberté de la presse ne peut être dissociée de la responsabilité professionnelle. Formation, déontologie, indépendance éditoriale et bonne gouvernance des entreprises de presse demeurent, selon lui, des exigences incontournables pour préserver la crédibilité du secteur.

Sur le fond du dossier, le responsable du CESEC a également reconnu que certaines interrogations soulevées méritaient d’être examinées, rappelant que la privation de liberté avant jugement devait rester exceptionnelle.
Sans s’immiscer dans une procédure judiciaire en cours, Geoffroy Foumboula Libeka Makosso a encouragé les deux organisations à poursuivre leur plaidoyer auprès des plus hautes autorités de l’exécutif. Il leur a notamment recommandé de saisir le Vice-président du Gouvernement, le ministre de la Justice ainsi que le ministre chargé de la Réforme des institutions afin que cette affaire puisse être examinée au niveau politique et institutionnel approprié.

Pour le RENAJI et le REDHAC, cette audience marque moins un aboutissement qu’une nouvelle étape. Les deux organisations entendent désormais suivre les recommandations formulées par le CESEC en élargissant leur démarche auprès des principaux décideurs gouvernementaux.

Au-delà du destin judiciaire de Médard Tounda Youbi, les deux réseaux affirment vouloir inscrire leur action dans une réflexion plus large sur les garanties offertes aux journalistes et aux défenseurs des droits humains. À leurs yeux, l’affaire constitue un révélateur des défis auxquels reste confronté l’État de droit au Gabon, où l’équilibre entre justice, libertés publiques et protection des professionnels de l’information demeure un enjeu majeur pour la consolidation démocratique.





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Assistant Edu Gabon