Libreville. Convergence Afrique.
C’est une réforme qui pourrait marquer un tournant dans l’histoire des services publics gabonais. Soixante-seize ans après la création de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), le gouvernement a officiellement lancé, ce vendredi 31 juillet 2026, le processus de scission de l’entreprise. Une décision stratégique qui ouvre la voie à une recomposition complète du secteur de l’eau et de l’électricité, avec l’ambition affichée de mettre fin aux difficultés structurelles qui fragilisent l’opérateur historique depuis plusieurs années.
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Réunis au siège de la SEEG à l’occasion du Conseil d’administration, les administrateurs et les actionnaires stratégiques ont examiné un projet présenté par l’exécutif comme la plus importante réforme du secteur depuis la naissance de l’entreprise en 1950.
À la manœuvre, le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, a défendu une transformation qu’il inscrit dans le prolongement des recommandations issues du Dialogue national inclusif ainsi que des orientations fixées par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. La présence de François Ndong-Obiang, ministre de la Réforme et des Relations avec les institutions, et de Jacqueline Bignoumba, ministre du Travail, du Plein emploi, du Dialogue social et de la Formation professionnelle, a illustré la dimension transversale de ce chantier, qui dépasse largement le seul secteur énergétique.
Le diagnostic présenté aux administrateurs laisse peu de place au doute. Malgré un chiffre d’affaires relativement stable entre 2019 et 2024, les charges d’exploitation ont poursuivi leur progression, entraînant une dégradation continue des équilibres financiers de l’entreprise.
Les frais financiers, multipliés par quatorze en seulement cinq ans, l’excédent brut d’exploitation devenu négatif et l’accumulation des pertes témoignent, selon le gouvernement, d’un modèle arrivé à ses limites. L’endettement ne finance plus les investissements mais sert désormais à combler les déficits d’exploitation, compromettant durablement la capacité de la SEEG à moderniser ses infrastructures et à répondre à la demande croissante des populations.
Pour l’exécutif, un simple plan de redressement ne suffirait plus. Une refonte complète de l’organisation apparaît désormais comme l’unique solution pour restaurer la viabilité du secteur.
Deux entreprises pour un nouveau départ
Le cœur de la réforme repose sur la disparition du modèle intégré au profit de deux opérateurs spécialisés.
D’un côté, Électricité du Gabon (EDG) sera chargée de l’ensemble des activités liées à la production, au transport et à la distribution de l’électricité. De l’autre, La Gabonaise des Eaux (GDE) prendra en charge les missions relatives à l’eau potable.
À travers cette nouvelle architecture, le gouvernement entend clarifier les responsabilités, améliorer la gouvernance, renforcer les performances opérationnelles et offrir une meilleure lisibilité financière à chacune des deux entités, tout en maintenant les infrastructures stratégiques sous contrôle public.
Assainir les comptes avant de relancer l’investissement. L’une des innovations majeures du dispositif réside dans la création d’une structure de défaisance destinée à isoler le passif historique de la SEEG. Ce mécanisme permettra aux deux futures sociétés de démarrer leurs activités sans supporter le poids des dettes accumulées au fil des années.
Avant la mise en œuvre effective de la réforme, des audits juridiques, bancaires, financiers et patrimoniaux seront conduits afin de sécuriser l’ensemble de l’opération et de garantir la transparence du processus.
L’exécutif assure également que les intérêts des salariés, des actionnaires, des créanciers et des fournisseurs seront intégralement préservés durant cette transition.
Pour piloter cette transformation, le gouvernement mettra en place un Comité paritaire chargé d’accompagner la transition pendant une période de six mois. Placé sous l’autorité stratégique du président de la République, cet organe aura pour mission de garantir la continuité du service public tout au long du processus.
Le calendrier est déjà arrêté. La SEEG poursuivra ses activités jusqu’au 31 décembre 2026 à 23 h 59. Dès le 1er janvier 2027, les deux nouvelles sociétés, Électricité du Gabon (EDG) et La Gabonaise des Eaux (GDE), entreront officiellement en fonction.
Pour que cette restructuration soit définitivement adoptée, le gouvernement sollicite l’approbation des administrateurs et des actionnaires stratégiques conformément aux dispositions du droit OHADA. Déjà majoritaire avec 56 % du capital détenu par le Fonds souverain de la République gabonaise, l’État ambitionne désormais d’atteindre une majorité qualifiée de 67 %, seuil nécessaire à la validation juridique de la scission.
Au-delà de la naissance de deux nouvelles entreprises publiques, cette restructuration traduit une évolution profonde de la doctrine de l’État en matière de gestion des infrastructures essentielles. En séparant les activités de l’eau et de l’électricité, les autorités espèrent instaurer une gouvernance plus efficace, rétablir la soutenabilité financière du secteur et renforcer la confiance des partenaires techniques et des investisseurs.
Pour le gouvernement, l’objectif est désormais clair : tourner définitivement la page d’un modèle jugé à bout de souffle et doter le Gabon d’opérateurs publics capables d’accompagner durablement les ambitions de développement économique et social du pays.
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