Pour sa deuxième session ordinaire de 2026, le Conseil Économique, Social, Environnemental et Culturel (CESEC) entend placer la réflexion publique au cœur de deux enjeux structurants pour l’économie gabonaise : la sécurisation du foncier coutumier et l’efficacité de la dépense sanitaire. Sous la présidence de Guy Bertrand Mapangou, l’institution consultative cherche ainsi à faire émerger des réponses susceptibles de renforcer à la fois l’attractivité du territoire, la justice sociale et la souveraineté nationale.
Au Gabon, les débats sur la transformation économique ne se résument plus à la mobilisation de financements ou au lancement de grands projets d’infrastructures. Ils touchent désormais à des questions plus fondamentales : comment sécuriser les actifs sur lesquels repose l’investissement ? Comment faire en sorte que la dépense publique produise davantage de valeur sociale et économique ?
C’est précisément sur ce terrain que le CESEC entend positionner sa deuxième session ordinaire de l’année 2026.
Deux dossiers ont été retenus : la régulation du foncier coutumier et la rationalisation des dépenses de santé. Deux problématiques apparemment distinctes, mais qui renvoient à une même exigence : améliorer la qualité de la gouvernance économique et renforcer la souveraineté du pays.
Dans un pays où d’importantes superficies restent soumises à des formes de propriété et de transmission coutumières, la coexistence entre droit positif et droits ancestraux constitue un enjeu majeur.
Le CESEC souhaite notamment réfléchir à la manière de mieux articuler la domanialité de l’État, fondée notamment sur le titre foncier, avec la reconnaissance des terres ancestrales et des sites considérés comme sacrés.
Derrière cette question juridique se cache une problématique profondément économique.
Pour un investisseur, l’incertitude sur la propriété ou l’usage d’une parcelle peut rapidement devenir un facteur de risque. Dans l’agriculture, les mines, l’immobilier ou encore les infrastructures, les conflits fonciers peuvent retarder les projets, renchérir les coûts et fragiliser leur rentabilité.
La sécurisation foncière devient donc un élément du climat des affaires.
Clarifier les droits, identifier les détenteurs légitimes, protéger les espaces à forte valeur culturelle et permettre une meilleure articulation entre les différents régimes de propriété pourrait contribuer à libérer une partie du potentiel économique des territoires.
Le foncier sécurisé est également susceptible de devenir un véritable actif économique : il facilite la structuration des investissements, l’accès au financement et, potentiellement, la bancarisation des activités rurales.
Mais Guy Bertrand Mapangou veut aller plus loin. Pour le président du CESEC, la question foncière ne saurait être réduite à une simple confrontation entre droit moderne et traditions.
Elle renvoie également à la place accordée par la République à la mémoire collective, aux traditions et à l’héritage des générations précédentes.
Dans cette perspective, le CESEC propose notamment l’institution d’une Journée nationale fériée dédiée aux ancêtres, aux côtés des principales célébrations religieuses déjà inscrites dans le calendrier national.
Au-delà de sa dimension symbolique, cette proposition ouvre une réflexion sur ce que certains économistes qualifient d’économie du patrimoine.
Sites historiques, traditions, savoir-faire, récits et lieux de mémoire peuvent en effet constituer des ressources pour développer le tourisme culturel et mémoriel, renforcer l’attractivité des territoires et créer de nouvelles activités autour du patrimoine national.
L’enjeu consiste alors à passer d’un patrimoine simplement conservé à un patrimoine valorisé, structuré et économiquement intégré, sans dénaturer sa portée culturelle.
44 milliards de FCFA pour changer l’équation sanitaire
Le constat est connu : les difficultés d’accès aux soins, les ruptures d’approvisionnement en médicaments et les inégalités territoriales constituent autant de contraintes qui affectent directement les ménages, mais également l’économie nationale.
Le CESEC entend donc regarder la santé non plus uniquement comme une dépense budgétaire, mais comme un investissement dans le capital humain.
L’enveloppe de 44 milliards de FCFA annoncée par le chef de l’État pour renforcer le plateau technique constitue, à cet égard, un test grandeur nature.
La question ne sera pas seulement de savoir combien l’État dépense, mais ce que ces dépenses permettent effectivement d’obtenir : équipements fonctionnels, disponibilité des médicaments, amélioration de la prise en charge, réduction des délais et diminution progressive des évacuations sanitaires à l’étranger.
Car chaque évacuation représente un coût pour les finances publiques, mais aussi pour les familles et pour l’économie. À cela s’ajoutent les conséquences indirectes liées à l’absentéisme, à la perte de revenus et à la baisse de productivité.
L’hôpital comme infrastructure économique
C’est ici que se situe probablement l’un des enjeux majeurs de la réflexion du CESEC.
L’hôpital ne peut plus être considéré uniquement comme un centre de dépenses. Il constitue également une infrastructure stratégique du développement économique.
Une population mieux soignée est une population plus productive. Un système de santé capable de prendre en charge localement les pathologies complexes réduit les sorties de devises liées aux évacuations. Une meilleure disponibilité des médicaments protège également le pouvoir d’achat des ménages.
Autrement dit, la performance du système sanitaire participe directement à la performance économique du pays.
Cette approche impose toutefois une exigence : celle de la gouvernance. Les 44 milliards de FCFA annoncés devront être accompagnés d’une planification rigoureuse, d’un suivi des équipements, d’une maintenance efficace et d’une évaluation régulière des résultats.
À travers ces deux thématiques, le CESEC tente ainsi de dessiner une même architecture : sécuriser les ressources, améliorer l’efficacité de la dépense publique et transformer les actifs nationaux en leviers de développement.
Le foncier renvoie à la sécurité juridique nécessaire à l’investissement. Le patrimoine ouvre des perspectives de valorisation culturelle et touristique. La santé touche directement au capital humain et à la compétitivité de l’économie.
Cette convergence donne à la deuxième session ordinaire de 2026 une portée qui dépasse le simple exercice consultatif.
Reste désormais le plus difficile : transformer les recommandations en décisions publiques, puis les décisions en résultats mesurables.
Car pour le Gabon, le véritable enjeu de la gouvernance économique n’est plus seulement de produire des diagnostics. Il est désormais de démontrer que chaque franc public engagé, chaque hectare sécurisé et chaque infrastructure sanitaire peuvent contribuer concrètement à la création de valeur, à la justice sociale et à la souveraineté nationale.
C’est à cette condition que la réflexion du CESEC pourra dépasser le cadre institutionnel pour devenir un véritable instrument de transformation économique.
Renforcer l’angle journalistique
Resserrer les répétitions analytiques
Clarifier le lien foncier-santé




