L’image du développement économique au Gabon reste fortement marquée par le rôle des grandes industries. C’est l’un des principaux enseignements de l’édition 2025 du Baromètre RSE. Réalisée auprès de 1 279 répondants dans plusieurs villes du pays, l’enquête révèle que pour une large part des citoyens, la prospérité nationale demeure avant tout liée à l’action des grandes entreprises industrielles.

L’étude, qui s’intéresse à la perception des entreprises et à leur contribution supposée au développement socio-économique, montre à quel point quelques groupes dominent l’imaginaire collectif.

À la question de la connaissance spontanée des entreprises, quatre noms s’imposent nettement. SEEG (57,95 %), Sobraga (57,35 %) et Comilog (50,94 %) arrivent en tête, suivies de TotalEnergies (44,82 %).

Ce quatuor concentre l’essentiel de la visibilité économique dans l’opinion publique. Derrière ces géants de l’eau, de l’énergie, de l’industrie minière ou de l’agro-industrie, les autres acteurs du paysage entrepreneurial apparaissent nettement plus en retrait.

Ce résultat traduit une constante des économies extractives et industrielles : les entreprises les plus visibles sont celles qui interviennent directement dans les secteurs structurants de la vie quotidienne l’électricité, l’eau, les boissons, le pétrole ou les mines.

Comilog, symbole du développement économique

Lorsqu’il s’agit d’identifier les entreprises qui incarnent le développement économique du pays, Comilog se distingue particulièrement. L’entreprise minière arrive en tête avec 17,47 % des citations, devant le FGIS (15,30 %) et Sobraga (12,64 %).

La perception est encore plus marquée chez les jeunes. Parmi les moins de 35 ans, 20,55 % citent Comilog comme l’entreprise qui symbolise le mieux la contribution au développement socio-économique du Gabon.

Ce résultat confirme le poids symbolique du secteur minier dans le récit économique national, dans un pays où l’exploitation des ressources naturelles reste l’un des moteurs majeurs de la croissance.

La question de l’emploi renforce cette lecture industrielle de l’économie. Sobraga arrive largement en tête avec 24,78 % des citations, suivie de Comilog avec 16,29 %.

À elles seules, les deux entreprises concentrent plus de 41 % des réponses liées à la création d’emplois. Un score qui souligne la visibilité sociale des grands groupes industriels, perçus comme les principaux pourvoyeurs d’emplois formels.

Dans les domaines sociaux, la hiérarchie reste globalement similaire. Sur la question de l’éducation et de la formation, Comilog arrive largement en tête avec 19,05 %, devant FGIS (11,65 %) et Sobraga (11,06 %).

La tendance se confirme dans le secteur de la santé publique : Comilog est citée par 16,49 % des répondants, suivie par Sobraga (13,52 %).

Ces résultats traduisent la visibilité des programmes de responsabilité sociétale (RSE) menés par certaines entreprises, notamment dans les zones où elles opèrent.

L’étude rappelle toutefois un point essentiel : ces chiffres ne mesurent pas l’impact réel des investissements sociaux ou économiques, mais la perception qu’en ont les citoyens.

Et c’est précisément là qu’apparaît un paradoxe. Malgré la reconnaissance dont bénéficient certaines entreprises, près de 60 % des répondants estiment que les grandes entreprises ne communiquent pas suffisamment sur leurs actions sociales et environnementales.

Un décalage fréquent dans les économies émergentes, où les initiatives existent mais restent parfois peu visibles ou mal expliquées au grand public.

Au final, le Baromètre RSE 2025 met en évidence une tendance lourde : dans l’imaginaire collectif gabonais, l’économie réelle reste d’abord celle de l’industrie, de l’énergie et des infrastructures. Autrement dit, les secteurs productifs continuent d’occuper le premier plan du récit national du développement.

Un constat qui en dit autant sur la structure de l’économie que sur la manière dont les citoyens perçoivent les acteurs capables de transformer durablement le pays.





Assistant Edu Gabon