À Ontala, le chef de l’État a annoncé son intention de revenir avec son gouvernement pour une initiation au Ndjobi. Une déclaration qui dépasse la simple référence culturelle et interroge les rapports entre tradition, pouvoir et loyauté politique au Gabon.

À Ontala, dans le Haut-Ogooué, Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé qu’il reviendrait avec son gouvernement pour « les initier au Djobi ». Une phrase qui pourrait sembler anodine, mais qui réveille une vieille histoire politique gabonaise.

Le Ndjobi, institution initiatique traditionnelle, avait déjà été associé aux cercles du pouvoir sous Omar Bongo Ondimba. Certains travaux universitaires ont notamment documenté sa politisation au début des années 1970 et son rôle potentiel dans la fidélisation de certaines élites.
D’où une question : Oligui Nguema cherche-t-il à ajouter au serment républicain une dimension traditionnelle ?

Les ministres ont pourtant déjà prêté serment devant la République, notamment sous la Ve République. Le premier gouvernement d’Oligui Nguema l’a fait en mai 2025, le deuxième en janvier 2026. Une éventuelle initiation au Ndjobi ne pourrait donc être comprise que comme un engagement d’une autre nature.

Tout dépendra surtout du caractère volontaire ou obligatoire de la démarche. Une participation culturelle libre relève de la tradition et de la conscience individuelle. Une initiation imposée en raison de la fonction ministérielle poserait en revanche des questions sur la liberté de conscience et la séparation entre l’État et les pratiques traditionnelles.

Le contexte mérite d’autant plus l’attention qu’Oligui Nguema cherche à construire une nouvelle légitimité politique après la chute du régime d’Ali Bongo. Le recours aux traditions peut être lu comme une volonté de réconcilier République moderne et identités culturelles. Mais il peut aussi raviver les interrogations sur l’utilisation politique du sacré.

Le débat n’est d’ailleurs pas nouveau. Après la disparition d’Omar Bongo, certains avaient déjà proposé d’associer au serment républicain une dimension traditionnelle, notamment à travers le Ndjobi ou le Mwiri, afin de rendre la parole politique plus difficile à trahir.
À Ontala, le véritable enjeu n’est donc peut-être pas l’initiation elle-même. C’est ce qu’elle pourrait signifier politiquement.

Le Gabon possède une Constitution, des institutions et des mécanismes de responsabilité. Mais dans une société où la parole donnée conserve une forte dimension symbolique, le recours au sacré peut rapidement dépasser le cadre culturel.
La question centrale reste alors simple : que devront promettre les ministres, et à qui ?

Car, en République, le serment ultime ne devrait jamais être celui d’un homme envers un autre homme, mais celui du pouvoir envers le peuple.





Assistant Edu Gabon