Après l’interruption controversée du premier processus électoral en avril dernier, la Fédération gabonaise de football (Fégafoot) reprend le chemin des urnes. Le nouveau calendrier, dévoilé le 31 octobre, fixe l’Assemblée générale élective au 19 décembre 2026. Le président sortant, Pierre-Alain Mounguengui, pourrait briguer un nouveau mandat, mais devra cette fois composer avec une compétition entièrement relancée.

Le football gabonais s’apprête à vivre une nouvelle séquence politique décisive. Suspendu à cinq jours de son aboutissement, le processus électoral de la Fégafoot est officiellement remis en marche. Samedi 31 octobre 2026, la Commission électorale, présidée par Jean-Luc Ndongo, a rendu public un nouveau chronogramme qui prévoit la tenue de l’Assemblée générale élective le 19 décembre prochain. Une échéance qui pourrait redessiner les rapports de force à la tête de l’instance dirigeante du football national.

Au centre de cette bataille : Pierre-Alain Mounguengui. Président sortant, il avait abordé le précédent scrutin en position de force, après la validation de sa seule liste par la Commission électorale. Avec 27 parrainages, son dossier avait été retenu, tandis que les candidatures d’Axel Nguema Edou, Christian Gabin Zogo Mintsa et Darneau Essia Ndong avaient été écartées pour des irrégularités administratives. Le 3 avril dernier, le patron de la Fégafoot se retrouvait ainsi seul en lice.

Mais cette avance n’aura finalement pas suffi à lui ouvrir les portes d’un nouveau mandat. Le 13 avril, le ministre des Sports, Paul Ulrich Kessany, décidait de suspendre le processus électoral, invoquant la situation administrative irrégulière de plusieurs structures appelées à prendre part au vote. Clubs, ligues et associations ne disposaient pas tous des agréments techniques ou des récépissés définitifs nécessaires à leur participation.

Une décision qui avait provoqué un bras de fer entre les autorités gabonaises et la Fégafoot, cette dernière invoquant le principe d’autonomie des fédérations sportives. L’affaire avait rapidement dépassé le cadre national, conduisant la FIFA et la CAF à dépêcher une mission conjointe à Libreville, du 18 au 20 avril.

À l’issue de cette intervention, les deux instances internationales avaient posé les bases d’une sortie de crise. Dans leurs conclusions du 7 mai, elles avaient notamment recommandé la régularisation administrative des structures concernées, tout en maintenant le Comité exécutif de Pierre-Alain Mounguengui en fonction, conformément à l’article 38, alinéa 4, des statuts de la Fégafoot. Une nouvelle élection devait toutefois être organisée avant le 31 décembre 2026.

Le verrou administratif enfin levé
Six mois après cette séquence de tensions, le préalable administratif semble avoir été franchi. Le 23 octobre dernier, 28 structures composant une partie essentielle du collège électoral ont obtenu leurs documents de régularisation. Il s’agit notamment de la LINAFP, des neuf ligues provinciales, de deux associations nationales et de 16 clubs professionnels.

Cette régularisation constitue un tournant. Elle permet de rétablir les conditions nécessaires à la reprise du processus électoral et de limiter les risques d’une nouvelle confrontation entre les autorités sportives nationales et les instances internationales.

Mais la Commission électorale a choisi de ne pas simplement reprendre la procédure là où elle avait été interrompue. Le nouveau calendrier prévoit une reprise intégrale du processus. Les candidatures déposées lors de la précédente échéance sont désormais caduques. Autrement dit, Pierre-Alain Mounguengui comme ses anciens adversaires devront repartir de zéro.

Le dépôt des candidatures est prévu du 2 au 19 novembre au Secrétariat général de la Fégafoot. En parallèle, la Commission d’éthique procédera aux enquêtes d’habilitation des candidats du 3 au 21 novembre. L’examen des dossiers par la Commission électorale interviendra du 23 au 28 novembre, date annoncée pour la publication des premières listes retenues.

Les éventuels recours pourront être introduits jusqu’au 2 décembre. La liste définitive des candidats sera connue le 8 décembre, avant la convocation des délégués le lendemain. La campagne officielle, quant à elle, se déroulera du 12 au 18 décembre, soit une semaine seulement pour présenter les projets et convaincre les électeurs.

Le scrutin est fixé au samedi 19 décembre. Une échéance particulièrement importante puisque le Gabon devra avoir renouvelé ses instances dirigeantes avant la date butoir du 31 décembre, conformément aux exigences formulées par la FIFA et la CAF.
Mounguengui face à l’épreuve du quatrième mandat

Au-delà du respect du calendrier, c’est bien la question de la succession à la tête du football gabonais qui revient au premier plan. Réélu en 2022 avec 18 voix sur 33, Pierre-Alain Mounguengui pourrait chercher à prolonger son bail. Après plusieurs années à la tête de la Fégafoot, sa candidature éventuelle sera scrutée autant par ses soutiens que par ses détracteurs.

Ses anciens concurrents, Axel Nguema Edou, Christian Gabin Zogo Mintsa et Darneau Essia Ndong, pourraient également tenter un nouveau passage devant les électeurs. Reste à savoir si les équilibres politiques et sportifs qui avaient marqué le précédent processus seront reconduits ou si de nouvelles ambitions viendront bousculer la hiérarchie.

Car l’enjeu dépasse largement la seule désignation d’un président. La prochaine équipe dirigeante héritera de dossiers majeurs : gouvernance du football national, développement des compétitions, structuration des clubs, formation des jeunes, financement et performance des sélections nationales. Autant de chantiers qui nourriront nécessairement les débats de campagne.

Pour Pierre-Alain Mounguengui, la prochaine échéance ressemble donc à un véritable test politique. Après un processus interrompu alors qu’il était seul candidat, il devra désormais convaincre dans un scrutin dont les règles du jeu repartent à zéro.

Le 19 décembre, les urnes livreront leur verdict. La question n’est plus seulement de savoir si Mounguengui peut conserver son fauteuil, mais surtout si le football gabonais est prêt à ouvrir un nouveau chapitre de sa gouvernance. La bataille pour la présidence de la Fégafoot est bel et bien relancée.





Assistant Edu Gabon