Au Shaanxi, à l’occasion de la 10ᵉ édition du Festival de la Jeunesse Chine-Afrique, la jeune leader gabonaise a livré un plaidoyer sans détour : après 70 ans d’amitié entre Pékin et le continent, l’heure est venue de passer des engagements diplomatiques aux retombées concrètes pour la jeunesse africaine.
Il y a des discours qui dépassent le cadre protocolaire dans lequel ils sont prononcés. Celui de Dina Coly Koussou Akanda, depuis la province chinoise du Shaanxi, appartient à cette catégorie. Invitée par la Fondation Soong Ching Ling et le ministère chinois des Affaires étrangères, à l’occasion de la 10ᵉ édition du Festival de la Jeunesse Chine-Afrique, la jeune leader a choisi la tribune de clôture pour poser une question essentielle : que reste-t-il de 70 années d’amitié sino-africaine pour les générations qui construiront l’Afrique de demain ?
Loin des formules diplomatiques convenues, son intervention a mis le doigt sur l’un des principaux défis du partenariat entre Pékin et les capitales africaines : transformer une coopération historiquement portée par les infrastructures, les échanges commerciaux et les grands projets en un véritable instrument de développement des compétences et d’émancipation économique.
Du partenariat politique au dividende humain
Depuis plusieurs décennies, la Chine s’est imposée comme un partenaire économique et stratégique incontournable du continent africain. Routes, chemins de fer, ports, bâtiments publics et investissements industriels témoignent de la profondeur de cette relation. Mais derrière cette dynamique, une interrogation demeure : quelle place les Africains occupent-ils réellement dans la chaîne de valeur de cette coopération ?
C’est précisément sur ce terrain que Dina Coly Koussou Akanda entend déplacer le débat. Pour elle, la réussite du partenariat ne saurait se mesurer uniquement au volume des investissements ou à la multiplication des infrastructures. Elle doit également se traduire par des opportunités de formation, d’insertion professionnelle, de transfert technologique et d’entrepreneuriat.
« La coopération de demain ne se mesurera pas seulement au nombre de projets ou au volume des échanges, mais aux possibilités offertes à notre jeunesse : la qualité des formations, les opportunités professionnelles, les compétences transférées », a-t-elle notamment déclaré.
Une prise de position qui renvoie à une exigence de plus en plus présente dans le débat économique africain : ne plus être simplement le territoire d’accueil des investissements étrangers, mais devenir un acteur à part entière de la production, de l’innovation et de la transformation industrielle.
Le transfert de compétences, nouveau test de l’amitié sino-africaine
Le message porté depuis le Shaanxi est sans ambiguïté. L’Afrique ne demande pas seulement des infrastructures supplémentaires. Elle veut aussi les savoir-faire, les technologies et les capacités humaines permettant de les concevoir, de les exploiter et de les développer durablement.
« Nous voulons une coopération qui permette à la jeunesse africaine de maîtriser les technologies, de participer à l’industrialisation de nos économies et de s’épanouir par l’entrepreneuriat », a insisté la jeune leader.
Derrière cette déclaration se dessine une nouvelle ambition : faire de la jeunesse africaine un partenaire de la coopération, et non son simple bénéficiaire. Former des ingénieurs, des techniciens, des développeurs, des entrepreneurs et des industriels capables de prendre progressivement le relais constitue désormais un enjeu stratégique.
Cette exigence interpelle autant Pékin que les gouvernements africains. Car le transfert de compétences ne peut reposer exclusivement sur les partenaires étrangers. Il suppose également des politiques nationales ambitieuses en matière d’éducation, de formation professionnelle, de recherche et de soutien à l’initiative privée.
Au-delà de la dimension économique, l’intervention de Dina Coly Koussou Akanda traduit une évolution dans la manière dont une partie de la jeunesse africaine envisage les relations internationales. L’amitié entre les peuples reste un acquis précieux, mais elle ne saurait constituer une finalité en soi. Elle doit produire des résultats mesurables dans le quotidien des populations.
En rappelant que « investir dans la jeunesse, c’est investir dans la stabilité, la prospérité et la paix de nos nations », elle replace la question générationnelle au cœur des enjeux de développement et de gouvernance.
À l’heure où le continent cherche à renforcer son autonomie économique, à accélérer son industrialisation et à mieux maîtriser ses ressources, cette interpellation prend une résonance particulière.
Depuis le Shaanxi, Dina Coly Koussou Akanda aura ainsi porté une conviction : les 70 prochaines années de coopération sino-africaine ne pourront se construire sur la seule mémoire d’une amitié historique. Elles devront se mesurer à la capacité des deux partenaires à faire émerger une génération africaine mieux formée, plus compétente et davantage impliquée dans les transformations de son continent.
Car le véritable enjeu n’est plus seulement de construire l’Afrique avec la Chine. Il est désormais de donner aux Africains les moyens de construire eux-mêmes leur avenir.




