Vendredi dernier, au Palais des Sports de Libreville, des centaines de fonctionnaires gabonais se sont rassemblés pour obtenir leur bon de caisse, le précieux document leur permettant de toucher leur salaire. La démarche, qui impose à chaque agent de se présenter physiquement pour justifier de son poste, fait partie d’une vaste campagne de recensement lancée par l’État gabonais, visant à identifier les agents fictifs.
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Pour de nombreux fonctionnaires, cette opération est perçue comme une injustice. « Le recensement n’est pas arrivé dans notre province ; nous payons le prix de notre engagement à servir l’État loin de la capitale », a confié un enseignant sous couvert de l’anonymat. Un agent du ministère des Affaires sociales, affecté à une quarantaine de kilomètres de Libreville, a exprimé le même désarroi : « Nous n’avons jamais été recensés. »
Ce recensement fait suite à un audit réalisé en décembre dernier, qui avait révélé l’existence de 13 000 agents publics introuvables parmi les 109 000 fonctionnaires enregistrés. Dans le cadre de cette campagne, ces « agents fictifs » sont appelés à prouver leur présence effective dans leurs postes de travail, faute de quoi ils risquent la radiation.
D’après le lieutenant-colonel Loïc Ossiba, directeur général de la solde, tous les fonctionnaires concernés doivent fournir des justificatifs. L’opération, qui se poursuivra le mois prochain, vise à faire économiser à l’État près de 8 milliards de francs CFA, soit environ 1 % de la masse salariale annuelle.
Toutefois, les fonctionnaires touchés par la mesure dénoncent une organisation inéquitable. Contrairement au virement bancaire habituel, ils ont dû se rendre en personne au stade pour retirer leur bon de caisse. Cette exigence, qui ne tient pas compte des absences justifiées lors de l’audit précédent, suscite la colère et le mécontentement de nombreux agents, qui estiment cette démarche discriminatoire.
Pour le gouvernement, cette campagne représente une étape essentielle pour optimiser les finances publiques et lutter contre la fraude. Mais pour les fonctionnaires, l’opération met en lumière des disparités dans l’administration et une reconnaissance insuffisante de leurs efforts, surtout pour ceux qui travaillent dans des zones éloignées de la capitale.





