En seulement deux ans, le Gabon a opéré une remontée fulgurante dans le classement mondial de la liberté de la presse. Un bond de 53 places qui témoigne d’une transformation politique inédite sur le continent.
Parvenir à la 41e place sur 180 dans le dernier classement de Reporters Sans Frontières (RSF) relève de l’exploit pour le Gabon. Il y a deux ans encore, le pays végétait à la 94e position, plombé par des années de contrôle étatique étroit sur l’information. Aujourd’hui, il devient l’un des meilleurs élèves africains en matière de liberté d’expression. Une ascension spectaculaire que l’organisation internationale qualifie de « record mondial ».
À Libreville, l’annonce a été accueillie avec fierté. « Aucun pays n’a jamais connu une telle progression. Merci au Président de la République Brice Oligui Nguema de nous conduire vers la félicité », a salué Laurence Ndong, ministre de la Communication, lors d’une conférence de presse donnée à la veille de l’investiture du chef de l’État, élu le 12 avril dernier.
Une rupture assumée avec le passé
Ce virage est d’autant plus marquant qu’il intervient dans un contexte post-coup d’État. En août 2023, l’armée renversait Ali Bongo Ondimba, mettant fin à plus d’un demi-siècle de pouvoir familial. Depuis, les nouvelles autorités de transition – aujourd’hui confirmées dans les urnes – ont multiplié les gestes d’ouverture : retour au pays de journalistes exilés, accréditations facilitées pour les médias étrangers, accès aux scrutins garanti pour la presse.
Le rapport de RSF salue ces avancées et note « une amélioration sensible des conditions d’exercice de la profession », tout en soulignant un climat plus apaisé entre le pouvoir et les médias.
Un modèle fragile mais prometteur
Toutefois, tout n’est pas encore gagné. Car si le cadre légal et politique semble s’assouplir, la viabilité économique des médias reste, elle, fragile. Faible marché publicitaire, rareté des financements, dépendance à l’égard d’intérêts privés ou publics : les défis structurels demeurent.
« Sans indépendance économique, il ne peut y avoir de liberté éditoriale durable », avertit Anne Bocandé, directrice éditoriale de RSF. Un message que Libreville semble avoir entendu, même si les réformes profondes du secteur tardent encore à voir le jour.
Avec ce classement 2025, le Gabon envoie un signal fort à ses voisins d’Afrique centrale, région souvent critiquée pour ses atteintes répétées à la liberté de la presse. Le pays pourrait devenir, s’il confirme cette dynamique, un laboratoire régional pour une presse libre, pluraliste et indépendante.
Emmanuel Manassé et Joy Kengue





