Au lendemain de la déclaration-choc de l’ancienne première dame du Gabon et de son fils, accusant l’État de traitements inhumains, la présidence gabonaise réagit avec fermeté. Pour le palais du bord de mer, la justice doit suivre son cours loin des réseaux sociaux et des stratégies de communication.

Convergence Afrique
Libreville, 4 juillet 2025

Dans une sortie commune, rare et millimétrée, Sylvia Bongo Ondimba et son fils Noureddin Bongo Valentin ont tenté, ce 3 juillet, de reprendre la main sur le récit judiciaire qui les accable. Depuis leurs mises en cause dans plusieurs dossiers aux ramifications tentaculaires allant de la haute trahison à la corruption en passant par le détournement de fonds publics  l’ancienne première dame et son fils n’avaient que peu réagi officiellement.

Mais la publication de leur message, dénonçant « des actes de torture et des traitements inhumains » pendant leur détention, a immédiatement fait réagir la présidence gabonaise. Lors d’une conférence de presse tenue ce 4 juillet à Libreville, le Conseiller spécial et porte-parole de la Présidence, Théophane Nzame-Nze Biyoghe, a dénoncé ce qu’il qualifie de « stratégie de diversion », orchestrée par les anciens dignitaires de la République.

« La justice sera rendue au nom du peuple gabonais. Pas sur les réseaux sociaux, ni dans les médias, mais bien dans les prétoires de notre pays. »
Théophane Nzame-Nze Biyoghe

Une procédure judiciaire scrutée
Accusés de faits d’une extrême gravité, les deux anciens piliers du régime Bongo font face à une avalanche de charges : détournement massif de deniers publics, corruption active, usage de faux, falsification de la signature du chef de l’État, malversations financières en bande organisée, sans oublier la haute trahison contre les institutions de l’État.

Des accusations qui, selon les autorités actuelles, « appellent des réponses claires », tant les Gabonais attendent des comptes sur la gestion passée de leurs ressources et institutions.

La présidence insiste : les procédures suivent un cadre légal strict. Rappelant que Sylvia Bongo et son fils bénéficient d’une liberté provisoire depuis le 16 mai, Théophane Nzame-Nze estime que leur récente déclaration publique relève davantage d’une posture de communication que d’une réelle volonté de coopération judiciaire.

La guerre des récits
Ce nouvel épisode illustre aussi une lutte symbolique pour le contrôle du narratif. D’un côté, les anciens membres du régime tentent de se repositionner comme victimes d’un pouvoir revanchard. De l’autre, les nouvelles autorités, dirigées par le général Brice Clotaire Oligui Nguema, cherchent à montrer une rupture nette avec le passé et une volonté affichée de justice.

Libreville affirme son engagement pour une justice équitable, « dans le respect des droits humains et des principes républicains ». Mais la tension reste palpable : la pression internationale et les regards des ONG sur les conditions de détention et le respect des droits fondamentaux pourraient peser sur la suite du dossier.

Une justice sous haute surveillance
Alors que le procès s’annonce à fort retentissement, le message envoyé par la présidence est clair : pas de procès médiatique, pas de négociation sur les principes, et surtout, un cap assumé vers la reddition des comptes.

Dans un Gabon en pleine recomposition, où l’État tente de se réinventer après la chute du clan Bongo, le traitement de cette affaire est devenu un test crucial pour la crédibilité du nouveau régime. La justice gabonaise a désormais rendez-vous avec l’Histoire. Et ce rendez-vous, assure Libreville, ne se tiendra ni sur X, ni sur Facebook.



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