Le projet de chemin de fer Belinga-Mayumba, plus connu sous l’appellation Projet Axe Belimaye, s’affirme comme l’un des chantiers d’infrastructure les plus ambitieux de la période du monde pour 2024-2025. Conduit sous les directives du Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguéma, et porté initialement par l’ex-ministre des Transports Ndinga Moudouma, il mobilise deux partenaires majeurs, Thelo DB et Afreximbank.

Derrière ces institutions se trouve un Gabonais discret mais déterminant, Dr Gabriel Landry Ngouessy-Guibinga. Premier citoyen gabonais à obtenir un doctorat en administration des affaires à la Wits Business School de Johannesburg, ancien cadre de la compagnie sud-africaine d’électricité ESKOM/TAP, il est aujourd’hui l’un des architectes financiers du plus grand projet africain de l’année.

On l’aperçoit, costume gris et pochette orange, dans une vidéo de présentation : un ancien du Lycée d’État de Port-Gentil, fidèle du Chef de l’État. À la demande de l’ex-ministre des Transports, il a su réunir autour de la table de négociation des partenaires d’Afrique du Sud, d’Allemagne et des bailleurs internationaux. Discret, souvent aperçu marchant simplement dans les rues de Libreville, il incarne cette « main de l’ombre » qui façonne les grands projets.

Soulignons qu’il a géré 151 projets de lignes et postes électriques pour ESKOM/TAP (132 kV-765kV) entre l’Afrique du Sud et le Mozambique. Electrifier entièrement le Zone Économique Spéciale de Nkok au Gabon. Électrifier les mines de Mutanda, Fungurume etc en RDC. Supervisé la conception et le développement du plan de stabilité du réseau électrique du eSwatini ou Swaziland etc….

Un corridor stratégique de 972 km

Surnommée par son concepteur « la route des minerais », l’infrastructure s’étendra sur 972 km, reliant Belinga-Makokou-Ovan-Booué-Lastourville-Koulamoutou-Mbigou-Lebamba-Ndendé-Milingui-Mayumba. Elle comprendra :

un chemin de fer à double voie,

une route parallèle de maintenance à double voie,

un port en eaux profondes,

le complexe hydroélectrique de l’Ivindo (phase 1 : barrage de Booué de 600 MW, lignes de transmission, stations de transformation, Phase 2: Tsengué Lélédi de 1000MW et Phase 3: Bin-N’golo de 800MW),

ainsi qu’une infrastructure de fibre optique.

Le coût global est estimé à 11 milliards d’euros, soit environ 7 216 milliards FCFA.

Un levier d’emplois pour le pays

Le président Oligui Nguéma, héritier de l’école politique d’Omar Bongo Ondimba, voit dans ce projet un levier stratégique pour l’économie nationale et sous-régionale. Il devrait générer plus de 163 000 emplois directs et indirects, comme annoncé en janvier 2025.

Déjà, Dr Ngouessy-Guibinga prépare la seconde phase de ce projet pharaonique : Baniaka-Pana-Popa-Mbigou, toujours en double voie avec route de maintenance. Ce spécialiste des grands projets, de la stratégie et des systèmes électriques pourra-t-il mener à bien, aux côtés de celui qu’il surnomme affectueusement « Chagga », cette réalisation majeure pour le Gabon et la sous-région ?

Dr Gabriel Landry Ngouessy Guibinga,  »Il est important de souligner que, dès le départ, j’ai obtenu 15 % de participation. Chagga nous a ensuite demandé, au ministre des Transports et à moi-même, s’il était possible de porter cette part à 20 %, qui serait achetée à long terme par le gouvernement gabonais. Nous avons également réservé une autre tranche de 20 % avec possibilité d’achat ou de location, pour atteindre 35 %. Nous avons en outre négocié et c’était encore mon travail un contenu local de 30 % destiné à des compagnies gabonaises, afin d’assurer un minimum de 65 % de participation nationale. Il s’agissait bien d’entreprises dirigées par des Gabonais de souche, et non d’adoption.

C’est sur ces bases que nous avons mené les négociations, car il fallait que, sur les 11 milliards d’euros prévus, les Gabonais puissent capter au moins 11 % de cet investissement colossal, l’un des trois plus grands projets au monde pour 2024-2025.

Pour la phase de financement, le projet devait être entièrement remboursé par le fret Belinga-Mayumba, c’est-à-dire le corridor des onze villes, également appelé « corridor des minerais ». L’État gabonais n’avait donc aucun engagement financier : c’était la SPV, contrôlée par les Sud-Africains et les Allemands, qui assurait le remboursement. Le gouvernement ne s’endettait pas.

Le ministre de l’Économie, Mays Mouissi, a toutefois exigé que l’on considère ce financement comme une dette publique, ce que nous avons refusé dès le départ. Nous n’avons jamais voulu contracter un prêt pour l’État : il s’agissait d’une convention en mode BOT, sans aucune obligation de remboursement pour le gouvernement, que ce soit pour le barrage hydroélectrique, la fibre optique, la route de maintenance parallèle au chemin de fer, ou toute autre infrastructure.

En résumé, c’était bien la SPV que nous avions créée qui devait tout rembourser ».

Fabrice Guitrie



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