Convergence Afrique : Madame la Présidente, veuillez vous présenter.
Marat Abyla Tchandi :
Je suis Marat Abyla Tchandi, Magistrat Hors Hiérarchie et Présidente du Tribunal pour Enfants de Port-Gentil.

Convergence Afrique : Que vous inspire la notion de protection de l’enfant ?
Marat Abyla Tchandi :
Pour moi, la protection de l’enfant doit être au centre de toutes nos priorités. Nous avons encore beaucoup à faire pour atteindre nos objectifs. Il est essentiel de multiplier les efforts et de créer un véritable réseau national de protection de l’enfant. Ce réseau existe déjà à Port-Gentil, mais il serait important que les autres provinces suivent cet exemple.

Convergence Afrique : Quelles difficultés rencontrez-vous dans ce combat ?
Marat Abyla Tchandi :
Notre principale difficulté, c’est le manque d’information, voire de communication. Beaucoup de Gabonais ne sont pas informés, car ils ne lisent pas suffisamment et ne suivent pas les informations. La majorité ignore l’existence même des droits de l’enfant ou du Code de l’Enfant. Comment protéger un enfant quand on ne connaît ni ses droits ni ses devoirs ?

C’est pourquoi nous insistons sur la sensibilisation, notamment la sensibilisation de proximité, en allant dans les quartiers et les foyers. À Port-Gentil, nos sensibilisateurs sont formés et encouragent la population à relayer les informations.

Savez-vous, par exemple, que tout enfant vulnérable (handicapé, autiste, aveugle, victime de viol, d’abandon ou de rejet…) a droit à des soins médicaux gratuits ? Peu de personnes le savent. De même, même si le travail des enfants et le trafic d’enfants sont interdits au Gabon, beaucoup observent ces situations sans jamais les dénoncer. Et c’est ainsi que la gangrène progresse.

Convergence Afrique : Comment parvenir, selon vous, à une véritable protection de l’enfant au Gabon ?
Marat Abyla Tchandi :
La clé de tout succès réside dans la connaissance. Nous misons sur l’instruction, l’éducation et la vulgarisation des droits de l’enfant, aussi bien auprès des parents que des enfants eux-mêmes. Si les parents comprennent le Code de l’Enfant, ils seront mieux armés pour protéger leurs enfants.

Les violations des droits de l’enfant proviennent en grande partie du manque d’information. La connaissance est véritablement notre arme ultime dans ce combat.

Convergence Afrique : Pensez-vous que tout le monde puisse s’impliquer concrètement dans cette lutte ?
Marat Abyla Tchandi :
L’idéal serait une implication de tous, car il s’agit de l’avenir de nos enfants. Mais soyons honnêtes : seuls ceux qui aiment réellement les enfants peuvent s’engager profondément dans ce combat. Sans amour pour l’enfant, il est difficile de se soucier de sa protection et de son bien-être.

Cet amour donne la force de se former, de se documenter, et donc d’acquérir la connaissance nécessaire pour dénoncer les abus. C’est ainsi que l’on peut sauver des enfants, un par un, et entraîner d’autres personnes dans cette dynamique.

De plus, la connaissance du Code de l’Enfant permettra de responsabiliser les parents démissionnaires : en étant informés des sanctions, ils sauront qu’ils risquent la prison en cas de maltraitance. Quant aux enfants, s’ils connaissent leurs droits, ils sauront à qui s’adresser lorsque ceux-ci sont bafoués.

Convergence Afrique : Merci Madame la Présidente.
Marat Abyla Tchandi :
C’est moi qui vous remercie.

Propos recueillis par Beverly Obono



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