À Nairobi, loin des projecteurs habituels des grands sommets internationaux, une séquence diplomatique a retenu l’attention des observateurs africains. En marge du Sommet Africa Forward, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguéma s’est entretenu avec son homologue ivoirien Alassane Ouattara, figure centrale de la diplomatie ouest-africaine.

Plus qu’une simple rencontre bilatérale, cet échange traduit la volonté de Libreville de réactiver un partenariat historique avec Abidjan, dans un contexte continental marqué par les recompositions politiques, les enjeux de souveraineté économique et la compétition pour l’influence régionale.

Entre le Gabon et la Côte d’Ivoire, les liens dépassent largement le cadre protocolaire. Depuis l’époque des présidents Félix Houphouët-Boigny et Omar Bongo Ondimba, Libreville et Abidjan entretiennent une relation privilégiée fondée sur la stabilité politique, les échanges économiques et une proximité diplomatique constante.

À Nairobi, Brice Clotaire Oligui Nguéma a clairement affiché sa volonté de s’inscrire dans cette continuité historique. Le chef de l’État gabonais cherche désormais à repositionner son pays comme un acteur plus influent en Afrique de l’Ouest, tout en consolidant les partenariats économiques capables d’accompagner sa stratégie de transformation nationale.

Les entreprises ivoiriennes au cœur des grands chantiers gabonais
Les discussions ont largement porté sur la présence croissante des entreprises ivoiriennes au Gabon. Dans le secteur des infrastructures, plusieurs groupes participent déjà à des projets routiers majeurs reliant des axes stratégiques du territoire gabonais.

Des sociétés comme Porteo, Schiba ou ATP sont engagées sur différents tronçons, notamment entre Bifoun, Lambaréné, Ndjolé, Franceville et Moabi. Une coopération qui illustre la montée en puissance des acteurs privés ouest-africains dans les grands projets d’infrastructures du continent.

Mais l’axe Libreville-Abidjan ne se limite plus aux routes. Les investissements ivoiriens se renforcent également dans la banque, les mines et l’agro-industrie. La présence de la banque AFG et du groupe SIPRA dans la filière avicole témoigne d’une diversification progressive des partenariats économiques entre les deux pays.

Souveraineté alimentaire : le pari gabonais. Au centre des échanges figure aussi une ambition devenue prioritaire pour Libreville : atteindre l’autosuffisance alimentaire.

Le Gabon prévoit de mettre fin à l’importation de poulet de chair dès janvier 2027. Pour y parvenir, les autorités comptent accélérer la production locale à travers des investissements structurants dans la filière avicole.

Le groupe SIPRA, déjà implanté au Gabon, devrait ainsi élargir ses activités afin de produire non seulement des poussins et des œufs, mais également du poulet de chair destiné au marché national.

Cette orientation s’inscrit dans une dynamique plus large observée dans plusieurs pays africains : réduire la dépendance aux importations alimentaires, sécuriser les chaînes d’approvisionnement et renforcer la production locale face aux chocs internationaux.

Offensive diplomatique vers l’Afrique de l’Ouest. Cette rencontre avec Alassane Ouattara marque également le début d’une offensive diplomatique plus ambitieuse du Gabon en Afrique de l’Ouest.

Le président gabonais prépare une tournée régionale qui le conduira notamment au Ghana, en Gambie et au Sénégal. Mais le choix d’Abidjan comme première étape n’a rien d’anodin.

À Libreville, plusieurs proches du pouvoir présentent désormais Alassane Ouattara comme un partenaire stratégique et un conseiller capable d’accompagner le repositionnement diplomatique du Gabon sur la scène africaine.

Autre ambition affichée : accueillir en juillet 2027 la réunion de coordination de l’Union africaine.

Pour soutenir cette candidature, Brice Clotaire Oligui Nguéma a officiellement sollicité l’appui de la Côte d’Ivoire. Le Gabon mise notamment sur les infrastructures en cours de modernisation, parmi lesquelles figure le futur Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba, annoncé comme l’un des projets symboles du nouveau mandat.

Au-delà de l’enjeu organisationnel, cette candidature constitue aussi un signal politique : celui d’un Gabon désireux de retrouver une place centrale dans les grands rendez-vous diplomatiques africains.

Enfin, les deux chefs d’État ont évoqué les discussions entre Libreville et le Fonds monétaire international.

Confronté aux impératifs d’ajustement économique, le pouvoir gabonais cherche à préserver les populations les plus fragiles tout en maintenant la stabilité financière du pays. Dans ce contexte, Libreville espère bénéficier de l’expérience et de l’influence diplomatique d’Alassane Ouattara, ancien haut responsable du FMI et économiste reconnu sur le continent.

À Nairobi, cette rencontre aura donc dépassé le simple cadre bilatéral. Entre ambitions économiques, souveraineté alimentaire et repositionnement diplomatique, le Gabon et la Côte d’Ivoire semblent vouloir ouvrir une nouvelle séquence de leur relation historique avec, en toile de fond, l’idée d’un axe Libreville-Abidjan redevenu stratégique dans l’Afrique qui se redessine.





Assistant Edu Gabon