À Akanda, la pluie tombait dru ce samedi 9 mai. Sur les allées détrempées de la cité Alhambra d’Angondjé, les parapluies se mêlaient aux dossiers cartonnés, les chaussures s’enfonçaient dans la boue, mais personne ne quittait les lieux. Sous les tentes blanches dressées par le Pôle National de Promotion de l’Emploi (PNPE), des dizaines de jeunes, de parents et de demandeurs d’emploi attendaient leur tour, parfois depuis des heures. Malgré les intempéries, l’opération « PNPE chez vous » avait maintenu le cap : aller au contact des populations pour convaincre que l’emploi ne se limite plus aux couloirs administratifs de Libreville, mais qu’il peut désormais se construire au cœur même des quartiers.
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L’atmosphère oscillait entre pédagogie institutionnelle et espoir prudent. Car derrière les formulaires distribués et les files d’attente improvisées, le message du PNPE se voulait clair : l’État tente de repositionner l’emploi comme une dynamique de terrain, articulée autour des besoins réels du marché.
Prenant la parole devant les habitants, Franck Nzengué, directeur adjoint de l’intermédiation, a d’abord voulu casser certains réflexes profondément ancrés chez les jeunes en quête de travail. « Le demandeur d’emploi ne doit pas se voir comme un homme à tout faire », insiste-t-il. Pour lui, la priorité est ailleurs : construire un profil professionnel cohérent, valoriser des compétences concrètes, techniques ou académiques, et accepter les exigences nouvelles du secteur privé.
Au fil des échanges, une consigne revient avec insistance : se faire enregistrer auprès du PNPE. Une formalité en apparence banale, mais que l’institution présente comme la première porte d’entrée vers l’insertion professionnelle, les recrutements directs ou les programmes d’auto-emploi.
Fabien Mouity Ngwata, conseiller en emploi et chef du service de promotion avicole, dévoile ce qu’il présente comme une opportunité historique liée à la future politique de souveraineté alimentaire du Gabon. « À compter de 2027, il n’y aura plus d’importation de poulet de chair au Gabon », affirme-t-il sous les applaudissements.
Derrière cette décision gouvernementale, une filière entière reste à bâtir. Le PNPE annonce ainsi l’ouverture immédiate de 50 places de formation au métier d’opérateur avicole. Pendant six mois, les bénéficiaires seront formés, hébergés s’ils le souhaitent, équipés d’un kit complet et rémunérés à hauteur de 80 000 francs CFA par mois.
Le dispositif se veut volontairement inclusif : aucun diplôme n’est exigé. « C’est un métier qui sera acheté », résume Fabien Mouity Ngwata, convaincu que la demande locale explosera avec l’arrêt des importations.
Dans un pays où le chômage des jeunes reste massif et où la fonction publique absorbe de moins en moins de diplômés, cette orientation vers les métiers techniques apparaît désormais comme un axe assumé de la stratégie gouvernementale.
Mais l’autre annonce majeure de la journée concerne le géant agro-industriel OLAM Gabon.
Face aux riverains réunis sous les bâches encore ruisselantes, le directeur général du PNPE, Pascal Franck Nze Ndong Nze, détaille une vaste campagne de recrutement : 1 500 postes d’ouvriers agricoles sont actuellement ouverts aux Gabonais âgés de 18 à 45 ans.
Les futurs employés travailleront comme récolteurs dans les plantations du groupe, avec à la clé un salaire mensuel de 150 000 francs CFA, une couverture médicale, une assurance ainsi qu’un kit alimentaire. Pour les profils plus qualifiés, le responsable assure que ces recrutements peuvent servir de tremplin vers des fonctions d’encadrement.
Le discours du patron du PNPE tranche cependant avec la communication institutionnelle habituelle. Sans détour, il reconnaît les limites de son organisme. «Nous ne créons pas directement l’emploi», admet-il. Le rôle du Pôle, explique-t-il, consiste avant tout à faire correspondre les besoins des entreprises avec les compétences disponibles.
« Nous matchons l’offre à la demande», résume-t-il simplement.
Une stratégie qui repose sur un travail permanent de prospection auprès des entreprises privées, afin d’identifier les besoins réels en main-d’œuvre, puis de former ou orienter les demandeurs d’emploi en conséquence.
Selon lui, plus de 1 200 jeunes ont déjà été insérés cette année via les recrutements liés à OLAM. Un partenariat avec un promoteur de taxis aurait également permis l’intégration progressive de 150 autres personnes dans le secteur du transport.
Au-delà des chiffres, Pascal Franck Nze Ndong Nze s’est surtout livré à une forme d’autocritique collective sur le rapport des familles gabonaises au travail et aux études. Devant les parents présents, il évoque une génération longtemps encouragée à poursuivre des diplômes généraux sans réelle réflexion sur les débouchés.
« Aujourd’hui, la fonction publique ne recrute quasiment plus », rappelle-t-il, avant d’inviter les jeunes à accepter les reconversions professionnelles et les métiers techniques, même éloignés de leur formation initiale.
« Vous avez un master en banque et assurance et on vous propose un emploi dans l’administration ? Acceptez de vous reconvertir. L’essentiel est de travailler », lance-t-il.
Depuis plusieurs semaines, la caravane «PNPE chez vous » multiplie les descentes dans les quartiers populaires de Libreville et de sa périphérie. L’objectif affiché est double : rapprocher les services publics des populations et lutter contre la méfiance persistante autour des dispositifs d’insertion professionnelle.
À Angondjé, plus de 300 offres d’emploi ont été présentées durant cette seule journée. Le bilan global de la campagne revendiqué par le PNPE fait état de plus de 3 000 nouveaux demandeurs enregistrés et de plusieurs centaines d’insertions directes ou indirectes, notamment via l’incubateur de la Maison de l’auto-entrepreneur.

Quand les averses ont finalement cessé en fin d’après-midi, les agents continuaient encore d’accueillir les candidats un à un. Dans les flaques d’eau et la terre retournée d’Alhambra, le décor restait précaire. Mais pour beaucoup, cette journée avait au moins laissé entrevoir une idée devenue rare : celle d’un État qui se déplace enfin vers ses citoyens, plutôt que d’attendre qu’ils viennent à lui.
Joy kengue
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