La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale traverse l’une des crises financières les plus sérieuses de son histoire. Réunis à Brazzaville le 13 juin, les ministres de l’Union économique de l’Afrique centrale ont été confrontés à une réalité inquiétante : sans réaction rapide des États membres, la communauté pourrait se retrouver en situation de cessation de paiement.

Le ton était grave à l’issue de la 45e session ordinaire du Conseil des ministres de l’Union économique de l’Afrique centrale (UEAC). Face à ses homologues des six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le ministre congolais de l’Économie et président en exercice du Conseil, Ludovic Ngatsé, a lancé un avertissement sans détour : les institutions communautaires sont aujourd’hui confrontées à une menace existentielle.

La situation est d’autant plus préoccupante que plusieurs organismes communautaires accumulent déjà jusqu’à trois mois d’arriérés de salaires. À cela s’ajoute une dette des États membres envers la communauté qui dépasse désormais les 270 milliards de FCFA. Un niveau qui met en péril le fonctionnement même des institutions régionales.

À l’origine de cette crise se trouve un mécanisme pourtant essentiel au financement de la CEMAC : la Taxe communautaire d’intégration (TCI). Prélevée sur certaines importations dans l’espace communautaire, cette taxe constitue la principale source de revenus de l’organisation.

Pour l’exercice 2026, le budget communautaire a été fixé à 85,9 milliards de FCFA, dont plus de 50 milliards devaient provenir de la TCI, soit près de 60 % des ressources attendues. Mais au 11 juin, les montants effectivement reversés par les États ne représentaient que 9,38 milliards de FCFA, soit moins de 18 % des prévisions.

« Nous ne sommes plus dans le registre des inquiétudes budgétaires classiques », a souligné Ludovic Ngatsé. « Nous faisons face à une menace directe pour la survie de nos institutions communautaires. »

Le constat est sévère : chaque retard de paiement réduit la capacité de la CEMAC à financer ses programmes, à exécuter ses décisions et à assurer les missions qui lui sont confiées.

Lors de la session, l’agent comptable central de la communauté a présenté un tableau particulièrement alarmant de la trésorerie régionale. Les ressources disponibles sont désormais insuffisantes pour garantir le fonctionnement normal des institutions.

Cette fragilité financière se traduit déjà par le ralentissement de plusieurs programmes communautaires et pourrait conduire, à terme, à la suspension de certaines activités. Pour une organisation créée il y a plus de six décennies afin de promouvoir l’intégration économique régionale, le signal est préoccupant.

Le président de la Commission de la CEMAC, Baltasar Engonga Edjo’o, avait lui-même tiré la sonnette d’alarme dès l’ouverture des travaux. Selon lui, la dégradation observée depuis le début de l’année atteint désormais un niveau critique et trouve sa principale explication dans les défaillances persistantes du mécanisme de reversement de la TCI.

Malgré la gravité de la situation, les ministres ont choisi de ne pas activer immédiatement les sanctions prévues par le traité révisé de la CEMAC contre les États défaillants.

Le Conseil a estimé que le contexte économique actuel limite fortement les marges budgétaires des pays membres. Une décision qui traduit la volonté de privilégier le dialogue et la concertation plutôt qu’une approche coercitive susceptible d’accentuer les tensions au sein de l’espace communautaire.

Les ministres ont néanmoins salué les pays ayant déjà effectué une partie de leurs versements et encouragé ceux qui accusent encore du retard à régulariser leur situation dans les meilleurs délais.

Au-delà de la question financière, cette crise pose une interrogation plus profonde sur l’avenir du projet communautaire en Afrique centrale. Depuis plusieurs années, les institutions régionales peinent à mobiliser les ressources nécessaires à leur fonctionnement, tandis que les ambitions d’intégration économique restent confrontées à des obstacles structurels.

Pour Ludovic Ngatsé, la solution passe désormais par la généralisation du mécanisme de reversement automatique de la TCI dans les systèmes financiers nationaux. Un dispositif destiné à sécuriser les recettes communautaires et à limiter les retards de paiement.

À l’heure où la CEMAC célèbre ses 61 ans d’existence, l’enjeu dépasse la simple gestion comptable. Il s’agit de préserver la crédibilité d’une organisation censée incarner l’intégration économique de l’Afrique centrale.

La prochaine session du Conseil des ministres s’annonce décisive. Les États membres seront jugés non plus sur leurs engagements, mais sur leur capacité à traduire leurs promesses en actes. Car derrière les chiffres se joue désormais la capacité même de la CEMAC à poursuivre sa mission et à maintenir en vie ses institutions.



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