Six mois après la décision de la Haute Autorité de la Communication (HAC) de suspendre l’accès aux réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire gabonais, aucune date de rétablissement n’a été communiquée, malgré plusieurs annonces gouvernementales évoquant une levée « graduelle » de la mesure. Une situation qui continue de fragiliser les médias en ligne et de nourrir l’inquiétude des professionnels de l’information.

C’est le 17 février 2026 que la HAC, invoquant la diffusion récurrente de contenus jugés diffamatoires, haineux et dangereux pour la cohésion sociale, a ordonné le blocage immédiat de Facebook, WhatsApp, TikTok et des autres plateformes numériques accessibles au pays, sans préciser de terme à la mesure. Depuis, malgré deux ordonnances présidentielles venues encadrer juridiquement l’usage des réseaux sociaux et plusieurs promesses ministérielles d’un retour progressif d’abord annoncé comme imminent en mars, puis fixé au 1er avril sans jamais se concrétiser pleinement , le statu quo persiste. Fin juillet, le gouvernement liait encore la réouverture à l’adoption d’un arsenal législatif plus strict, sans horizon précis.

Dans une tribune libre, Angelico Manasse Emmanuel, journaliste à Convergence Afrique, dénonce les conséquences de cette suspension prolongée sur la liberté de la presse. Pour lui, les réseaux sociaux ne sont pas de simples espaces de divertissement, mais des canaux vitaux de diffusion de l’information et de dialogue avec les lecteurs. Leur suspension revient, écrit-il, à réduire la presse numérique au silence et à précariser davantage une profession déjà fragile.

Le journaliste pointe également les limites du contournement par VPN, une pratique qu’il juge marginale, coûteuse et incapable de constituer une alternative durable d’autant que la HAC a depuis annoncé vouloir s’attaquer plus directement à ces outils de contournement. Il énumère les risques d’une telle restriction : isolement des médias en ligne privés de leur audience, fragilisation économique des rédactions dépendantes de leur visibilité numérique, atteinte aux libertés fondamentales garanties par la Constitution, et paralysie de milliers de petites entreprises et créateurs de contenus qui vivaient de ces plateformes.

Ce constat rejoint celui de plusieurs voix critiques apparues ces derniers mois. Des citoyens ont saisi la Cour constitutionnelle dès la fin février pour contester la légalité de la mesure ; la justice de première instance s’est depuis déclarée incompétente, renvoyant le dossier plus haut. À l’Assemblée nationale, des députés ont publiquement dénoncé une suspension devenue, de facto, la norme plutôt que l’exception qu’elle prétendait être. Des spécialistes de la gouvernance numérique estiment quant à eux que l’approche retenue par les autorités reste trop radicale, une coupure totale valant, selon l’un d’eux, à plonger le pays dans le noir plutôt qu’à réguler avec discernement.

Face à cette situation, Angelico Manasse Emmanuel lance un appel solennel aux autorités gabonaises : rétablir sans délai l’accès aux réseaux sociaux est, selon lui, une urgence démocratique. Le journaliste ne conteste pas la nécessité d’une régulation, mais plaide pour qu’elle s’exerce dans le respect des droits fondamentaux : renforcement des mécanismes de modération, responsabilisation des plateformes et accompagnement des journalistes dans une pratique éthique de leur métier, plutôt qu’une sanction collective frappant indistinctement citoyens et médias.

Six mois après le début de la coupure, et malgré un cadre juridique désormais renforcé par le Parlement, aucun calendrier ferme de sortie n’a été rendu public. Pour les rédactions en ligne gabonaises et pour des voix comme celle d’Angelico Manasse Emmanuel la question n’est plus seulement celle d’une régulation à venir, mais celle d’un silence numérique qui s’installe, non plus comme mesure d’exception, mais comme nouvelle norme.





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