Après plusieurs semaines d’examen des situations litigieuses issues du recensement biométrique et administratif, l’administration gabonaise vient de franchir une nouvelle étape dans la fiabilisation de son fichier de la Fonction publique. Sur 1 765 dossiers examinés dans 37 ministères et institutions, 1 473 mesures de radiation ont été prononcées. Une opération qui devrait générer environ 11,319 milliards de FCFA d’économies annuelles pour l’État.
L’opération d’assainissement du fichier de la Fonction publique prend désormais une dimension concrète. Du 8 juin au 24 juillet 2026, la Commission exceptionnelle des litiges a procédé à l’examen des situations administratives issues du recensement biométrique et administratif des agents publics.
Au terme de ce travail, 1 473 dossiers ont fait l’objet d’une décision de radiation, sur les 1 765 situations examinées dans 37 ministères et institutions. Derrière ces chiffres se trouvent différentes situations : abandons de poste, décès, départs à la retraite, ruptures de contrat, situations liées au présalaire ou encore anciens membres de cabinets.
Selon les données communiquées par le ministère de la Fonction publique, l’ensemble de ces mesures devrait permettre à l’État de réaliser 11,319 milliards de FCFA d’économies annuelles sur la masse salariale.
Une administration qui entend reprendre le contrôle de son fichier
Au-delà du volume des radiations, l’opération traduit surtout la volonté affichée par les pouvoirs publics de mieux maîtriser les effectifs de l’administration et de disposer d’un fichier fiable des agents effectivement en activité.
Le travail réalisé par la Commission exceptionnelle des litiges ne s’est pas limité à une comparaison mécanique de fichiers. Les situations ont été examinées, les directions des ressources humaines sollicitées et des entretiens individuels conduits avec les agents concernés avant les décisions finales.
Certains secteurs apparaissent particulièrement concernés par les abandons de poste. L’Éducation nationale compte 269 cas d’abandon de poste sur 384 dossiers litigieux examinés, tandis que la Santé en recense 158 sur 222 situations. Le ministère de l’Économie et des Finances totalise, pour sa part, 111 dossiers.
Ces données donnent une idée de l’ampleur du travail engagé pour remettre de l’ordre dans un système administratif confronté depuis plusieurs années à des difficultés de mise à jour et de contrôle des effectifs.
Laurence Ndong assume le choix de ne pas publier les noms
L’autre volet de cette opération concerne la décision de ne pas rendre publique l’identité des agents radiés.
Interrogée sur cette question le 22 septembre 2026 à Libreville, la ministre de la Fonction publique et du Renforcement des capacités, Laurence Ndong, a assumé cette orientation.
« Il n’est pas question d’exposer la liste, elle ne regarde personne. Elle concerne l’employé et son employeur », a-t-elle déclaré, avant de rappeler : « Ils ont des familles, ils ont des enfants, ils ont une mère et ils n’ont pas commis de crime. »
Cette position place le dossier sur le terrain de la responsabilité administrative plutôt que sur celui de l’exposition publique. Pour le ministère, une mesure administrative doit produire ses effets dans le cadre professionnel et juridique prévu, sans nécessairement conduire à la publication nominative des personnes concernées.
Le débat sur la transparence reste toutefois ouvert. Si certains peuvent considérer que la publication des noms permettrait de renforcer la lisibilité de l’opération, le gouvernement fait le choix de distinguer la nécessité d’assainir le fichier de la Fonction publique de l’exposition médiatique des agents concernés.
Les responsabilités de l’administration également interrogées
L’un des enseignements majeurs de cette opération réside également dans les irrégularités relevées au sein même de l’appareil administratif.
Les investigations auraient notamment permis d’identifier des absences tolérées, des actes antidatés, des signatures effectuées par des personnes non habilitées ainsi que des recrutements réalisés sans visa des directions des ressources humaines.
Certains agents ont également été localisés à l’étranger grâce au croisement des informations avec les services compétents, tandis que d’autres restent introuvables.
Cette situation pose donc une question essentielle : comment certaines anomalies ont-elles pu perdurer aussi longtemps dans l’administration ?
La ministre de la Fonction publique entend également situer les responsabilités à ce niveau. « Si une personne est reconnue responsable de ces irrégularités, elle sera sanctionnée par la loi », a-t-elle prévenu.
L’assainissement du fichier ne saurait donc se limiter aux seuls agents radiés. Il doit également permettre d’identifier les failles administratives ayant rendu possibles certaines irrégularités.
Une réforme qui devra s’inscrire dans la durée
Avec 1 473 radiations et une économie annuelle annoncée de 11,319 milliards de FCFA, l’opération constitue une étape importante dans la volonté de modernisation de l’administration gabonaise.
Mais la véritable mesure de cette réforme se fera dans le temps. La fiabilité d’un fichier administratif ne dépend pas uniquement d’une opération ponctuelle de recensement ou de radiation. Elle repose également sur la capacité des administrations à actualiser régulièrement leurs données, à contrôler les mouvements des agents et à responsabiliser les gestionnaires des ressources humaines.
Le chantier engagé par le ministère de la Fonction publique ouvre ainsi une nouvelle séquence : passer d’une logique de correction des anomalies à une culture permanente de contrôle et de performance administrative.
Pour l’État, l’enjeu dépasse donc la seule économie budgétaire. Il s’agit de disposer d’une Fonction publique dont les effectifs correspondent à la réalité, dont la gestion est davantage sécurisée et dont chaque dépense de personnel puisse être rattachée à une situation administrative clairement établie.
La modernisation de l’administration gabonaise se joue aussi sur ce terrain : mieux connaître ses agents, mieux gérer ses ressources et faire en sorte que chaque franc consacré à la masse salariale corresponde à une réalité administrative vérifiable.




