Diplomatie, investissements, infrastructures et transformation industrielle. Au terme de cinq jours de visite d’État en Chine, du 3 au 7 novembre 2026, Brice Clotaire Oligui Nguema regagne Libreville avec une nouvelle architecture de coopération sino-gabonaise et plusieurs projets structurants annoncés. Reste désormais le défi de leur concrétisation.

Le séjour chinois de Brice Clotaire Oligui Nguema s’achève sur une ambition clairement affichée : faire de la coopération avec Pékin un levier de transformation économique du Gabon. De Shanghai à Pékin, le chef de l’État a multiplié les rencontres politiques et économiques, avec, à la clé, une série d’accords qui dessinent les contours d’un partenariat appelé à prendre une nouvelle dimension.

Le principal acquis est diplomatique. Le 6 novembre, la déclaration conjointe adoptée avec le président chinois Xi Jinping a élevé les relations entre les deux pays au rang de « communauté d’avenir partagé à l’ère nouvelle ». Une évolution qui dépasse le partenariat stratégique de coopération globale conclu en 2023. Pékin réaffirme notamment son soutien au Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030 et reconnaît les droits souverains du Gabon sur ses ressources naturelles, tout en affichant sa volonté d’accompagner leur transformation sur le territoire national.
Des accords pour passer à l’industrialisation
Sur le terrain économique, six mémorandums d’entente ont été signés à Pékin. Ils concernent notamment les mines, la formation, les géosciences, les chaînes industrielles, le développement partagé ainsi que la construction de l’annexe du ministère des Affaires étrangères et la coopération entre les télévisions.
La Chine a également annoncé un don de 300 millions de yuans, soit environ 24 milliards de FCFA, destiné à accompagner la réalisation de l’annexe du ministère des Affaires étrangères et la réfection du Palais du Sénat.

À Shanghai, les discussions ont pris une dimension plus opérationnelle. Trois protocoles ont été conclus avec Huawei dans les domaines de la sécurité publique, de l’enseignement universitaire et de l’intelligence artificielle. Une lettre d’intention associant l’État gabonais, Eramet Comilog et Sinohydro porte, quant à elle, sur l’approvisionnement énergétique de la future usine de transformation du manganèse.
Le projet de Belinga, autre dossier stratégique, a également figuré au menu des échanges, avec des accords de partenariat portant sur le chemin de fer et l’énergie. Les deux pays ont par ailleurs convenu d’accélérer la conclusion de leur accord de partenariat économique, destiné à encadrer les avantages douaniers accordés aux produits gabonais sur le marché chinois.

Au-delà des accords formellement signés, Libreville entend mobiliser les capacités financières et industrielles chinoises autour de plusieurs projets structurants. Le chef de l’État a notamment sollicité l’engagement de Pékin dans la construction de la voie de contournement de Libreville, le développement d’une liaison ferroviaire entre l’Ogooué-Ivindo et le port de Kobe-Kobe, le barrage hydroélectrique de Booué ainsi que la création d’une société commune dédiée à la production d’acier au Gabon.

Les rencontres avec les opérateurs économiques ont également permis d’aborder des dossiers majeurs : la nouvelle raffinerie avec la SOGARA, le développement du gaz de Léopard avec CNOOC, le gisement de Mabounié avec NEM et Dusk Gabon, ainsi qu’un projet d’usine d’assemblage d’engins de chantier à Nkok avec le groupe SDLG.
Autant de chantiers qui traduisent une volonté de diversifier les investissements chinois et de les orienter davantage vers la production locale, au-delà de la seule exploitation des matières premières.

Le véritable test commence à Libreville
Entre rencontres de haut niveau, visites de sites technologiques et échanges avec les communautés gabonaises de Shanghai et de Pékin, cette visite d’État aura également permis au président gabonais de mesurer les ressorts du modèle de développement chinois. De la Vallée des robots aux infrastructures de Pudong, le message présidentiel est resté constant : faire de la transformation locale des ressources naturelles un pilier de la nouvelle économie gabonaise.

Mais derrière l’affichage diplomatique et les annonces d’investissements, l’enjeu sera désormais celui de l’exécution. La Présidence annonce un dispositif de suivi placé sous l’autorité du chef de l’État, avec un responsable et un calendrier pour chaque projet. Le gouvernement devra ainsi traduire les engagements politiques en réalisations concrètes et rendre régulièrement compte de leur progression.
En invitant Xi Jinping à effectuer une visite d’État au Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema a également ouvert une nouvelle séquence diplomatique entre Libreville et Pékin.

Au retour de Chine, le Gabon dispose donc d’une feuille de route ambitieuse. Sa crédibilité se mesurera moins au nombre de mémorandums signés qu’à la capacité de l’État à transformer ces engagements en infrastructures, en emplois et en valeur ajoutée pour l’économie nationale.





Assistant Edu Gabon