En marge de l’émotion suscitée par l’arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ), c’est une voix mesurée et compétente qui s’est élevée ce mercredi dans la salle de réunion de l’immeuble ABC Mall, au quartier Charbonnages. Le Dr Arthur Benga Ndjeme, éminent juriste, spécialiste du droit international et fin connaisseur du dossier Mbanié pour avoir été membre de la commission éponyme avant de s’en retirer a livré une lecture rigoureuse et apaisée de la décision rendue le 19 mai dernier.

S’exprimant non en politique, mais en technocrate, il a salué un arrêt juridiquement fondé, estimant qu’il repose sur des titres solides, notamment le traité franco-espagnol de 1900. À l’inverse, la convention de Bata de 1974, mise en avant par le Gabon, n’a pas été reconnue comme valide, faute d’original. « Une photocopie ne suffit pas en droit international », a-t-il précisé avec clarté.

Pour le Dr Benga Ndjeme, la perte des îles Mbanié, Cocotier et Conga ne doit pas être lue comme une déroute, mais comme un jalon historique à partir duquel le Gabon peut rebondir. Il évoque la possibilité d’une récupération de zones continentales près de Mongomo et d’un partage raisonné des espaces, insistant sur la nécessité d’une négociation future concernant la frontière maritime, que la CIJ n’a pas tranchée.

Fustigeant les lectures identitaires ou émotionnelles, il a rappelé que la souveraineté est affaire de titres, non de géographie affective. « Ce n’est pas parce qu’une île est en face de toi qu’elle t’appartient », a-t-il lancé, appelant au respect de la décision et à l’apaisement des tensions.

Notons que la position du Dr Benga Ndjeme tranche par sa hauteur de vue : technicien du droit, il invite à sortir par le haut, à valoriser la voie judiciaire comme instrument de paix et à faire preuve de maturité républicaine. Un message d’autant plus fort qu’il émane d’un homme qui connaît intimement les méandres du dossier.

Emmanuel Manassé M.





Assistant Edu Gabon