Akanda (Gabon) –Convergence Afrique – 7 août 2025
Malgré une décision de justice en leur faveur, plus de 500 familles d’Akanda vivent sous la menace d’expulsion. En ligne de mire, le titre foncier YU 3 détenu par la SCI Avormbam. À bout de souffle, les habitants en appellent désormais à l’arbitrage du président Oligui Nguema.
Le calme apparent du quartier Marseille 2 masque mal une tension vieille de près de deux décennies. Située dans le deuxième arrondissement d’Akanda, cette communauté de plus de 500 familles vit suspendue à un titre foncier : le YU 3, attribué à la Société Civile Immobilière (SCI) Avormbam, que les habitants dénoncent comme « irrégulier » et « sans valeur légale ».
Depuis 2007, la population se bat pour faire annuler ce document, qu’elle considère comme une menace directe à son droit fondamental au logement. Un combat qui a connu plusieurs victoires judiciaires, mais dont les effets concrets se font toujours attendre.
Une décennie de procédures… pour rien ?
Au cœur du conflit : une décision administrative contestée. En 2019, le tribunal administratif de Libreville estime que le titre foncier en question souffre d’ »inexistence juridique ». Le commissaire général à la loi ne dit pas autre chose. Et pourtant, six ans plus tard, la SCI continue d’agir en propriétaire légitime.
« C’est comme si la justice n’avait jamais parlé », s’insurge Georges Roland Kando, chef du quartier. «Depuis des années, nous avons investi, construit, habité ici. Et aujourd’hui, on veut nous chasser à cause d’un papier que les tribunaux eux-mêmes ne reconnaissent pas. »
Quand la légalité se heurte à la réalité du terrain
Ce qui rend cette affaire d’autant plus sensible, c’est qu’elle ne se limite pas à une question technique de cadastre. Elle touche à la mémoire, à la dignité, à la résilience d’une population enracinée depuis plus de 30 ans.
La SCI, elle, défend sa position en brandissant un titre foncier qu’elle considère valide, malgré les multiples contestations. Entre 2011 et aujourd’hui, des parcelles auraient été vendues à des particuliers, entraînant une série de constructions anarchiques. Résultat : des remblais illégaux, un drainage des eaux perturbé, des inondations inédites, et une insalubrité croissante dans certaines zones.
« Les gens tombent malades, les enfants aussi. Les maisons sont menacées à cause des eaux stagnantes. Tout cela parce que des travaux sont faits sans planification, sans respect des règles », alerte le chef Kando.
Un appel direct à Oligui Nguema
En avril 2025, à la veille de la présidentielle, les habitants avaient déjà alerté le président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema. Depuis, malgré une visite du ministère de l’Habitat, plus rien. Silence radio.
Face à cette inertie, les familles prennent désormais à témoin l’opinion publique et s’adressent directement au chef de l’État : « Monsieur le président, vous avez promis de moraliser la gestion foncière. Voici un dossier emblématique. On ne peut pas construire un nouvel État sur l’injustice. »
Le ton est grave, mais empreint d’espoir. Pour les habitants de Marseille 2, seule une décision présidentielle forte pourrait enfin mettre fin à une décennie de précarité foncière.
Une affaire test pour la « nouvelle gouvernance »
Le dossier Marseille 2 n’est pas un cas isolé. Dans le sillage de la transition, de nombreux conflits fonciers ont refait surface à Libreville, Owendo ou Akanda. Le président Oligui Nguema a promis une réforme en profondeur du secteur, axée sur la transparence, la régularisation et la protection des droits des occupants historiques.
Reste à savoir si ces engagements survivront à l’épreuve du terrain. Marseille 2 est aujourd’hui devenu un symbole, un test grandeur nature de la volonté politique du régime à réconcilier légalité administrative et justice sociale.
« Ce n’est pas juste un papier qu’on conteste, c’est notre vie. »
La phrase de Georges Roland Kando résonne comme un avertissement. Dans un Gabon en quête de refondation, l’affaire YU 3 pourrait bien faire date. Ou révéler les limites d’une transition tant espérée.
📌 À suivre : Une enquête spéciale sur les zones à haut risque foncier dans la commune d’Akanda.




