À Libreville, le temps judiciaire s’étire pour Alain-Claude Bilie-By-Nze. Ce mardi 12 mai, la chambre chargée d’examiner sa demande de liberté provisoire a choisi de renvoyer sa décision au vendredi 15 mai, prolongeant ainsi l’incertitude autour d’une affaire devenue explosive sur le plan politique.

D’ici là, l’ancien chef du gouvernement reste détenu à la prison centrale de Libreville, où il a été placé sous mandat de dépôt depuis avril dernier. En cause : des accusations d’escroquerie et d’abus de confiance qui alimentent, depuis plusieurs semaines, un climat de tension au sein de la classe politique gabonaise.

Face à cette détention, la défense de l’ex-Premier ministre a lancé une contre-offensive judiciaire méthodique. Le collectif d’avocats — parmi lesquels Me Gisèle Eyue Bekale, Me Jean-Paul Moubembe, Me Sarah Ognyane et Me Karelle Obame — dénonce une mesure « disproportionnée » et juridiquement contestable.

Selon plusieurs sources proches du dossier, les échanges durant l’audience ont essentiellement porté sur la pertinence du maintien en détention pendant l’instruction. Pour le parquet, la privation de liberté demeure nécessaire afin d’éviter d’éventuelles pressions sur les témoins, des risques de collusion ou encore des troubles à l’ordre public.

Un argumentaire rejeté avec fermeté par les conseils de l’ancien Premier ministre, qui assurent que leur client présente toutes les garanties de représentation. Pour la défense, rien ne justifie une détention prolongée d’une personnalité qui, selon eux, ne représente « aucune menace pour la procédure ».

Dans un communiqué publié à l’issue de l’audience, Ensemble Pour le Gabon (EPG) a confirmé que la décision serait rendue le 15 mai. Le parti appelle à une justice « impartiale » et insiste sur le respect strict de l’État de droit dans une affaire désormais suivie bien au-delà des cercles judiciaires.

Car au Gabon, le dossier Bilie-By-Nze dépasse largement le cadre d’une simple procédure pénale. Il cristallise des interrogations plus profondes sur l’indépendance de la justice, l’équilibre des pouvoirs et la gouvernance dans une période politique encore marquée par de fortes recompositions.

À Libreville, l’attente nourrit désormais toutes les spéculations. Le maintien du mandat de dépôt conforterait la ligne de fermeté du parquet. À l’inverse, une remise en liberté sous contrôle judiciaire pourrait être interprétée comme un signal d’apaisement dans une affaire devenue hautement sensible.

Le rendez-vous judiciaire du 15 mai apparaĂ®t ainsi comme un moment charnière. Plus qu’une simple dĂ©cision procĂ©durale, il pourrait peser durablement sur la perception de la justice gabonaise dans l’opinion publique et redessiner les contours d’un dĂ©bat politique Ă  l’ère de la 5e RĂ©publique.





Assistant Edu Gabon