Le Gabon poursuit sa stratégie d’industrialisation en misant sur une innovation qui pourrait transformer durablement sa filière minière. À travers le protocole d’accord conclu avec Eramet, le pays ne se contente plus de renforcer ses capacités de transformation locale du manganèse : il entend également développer une nouvelle industrie autour du biocharbon, une alternative au coke métallurgique importé.

Cette orientation marque une nouvelle étape dans la politique de valorisation des ressources nationales. Produit à partir des coproduits de l’industrie forestière, le biocharbon est appelé à jouer un rôle clé dans certains procédés métallurgiques. Son utilisation permettrait non seulement de réduire la dépendance du Gabon aux importations de coke, mais aussi d’améliorer la compétitivité de son industrie tout en diminuant son empreinte carbone.

Le projet est déjà entré dans sa phase expérimentale. À Lastourville, un four pilote est actuellement testé en partenariat avec Precious Woods afin d’évaluer les performances industrielles de cette nouvelle source d’énergie. Si les résultats sont concluants, une unité de production capable de fabriquer jusqu’à 10 000 tonnes de biocharbon par an pourrait voir le jour. Une telle capacité ouvrirait la voie à une véritable filière industrielle, créant des synergies inédites entre les secteurs forestier et minier.

La réussite de cette initiative repose sur une répartition claire des responsabilités. Eramet met à disposition son expertise technologique pour valider les performances du biocharbon et son intégration dans les procédés de transformation du manganèse. De son côté, l’État gabonais s’engage à créer un environnement favorable à l’émergence de cette industrie à travers des politiques publiques adaptées, le développement des infrastructures et un accompagnement des investissements.

Au-delà de son intérêt industriel, le projet traduit une évolution profonde de la stratégie économique du Gabon. Il illustre la volonté des autorités et de leurs partenaires de bâtir une métallurgie plus compétitive, davantage intégrée aux ressources locales et alignée sur les exigences de la transition énergétique.

En associant innovation industrielle, valorisation des résidus forestiers et réduction des émissions de carbone, le biocharbon pourrait devenir un levier majeur de la transformation économique du pays. Pour le Gabon, l’enjeu dépasse la simple substitution d’un combustible : il s’agit de poser les bases d’un modèle industriel plus durable, créateur de valeur ajoutée et de nouvelles opportunités économiques.





Assistant Edu Gabon