Il y a des mandats que l’on mesure à la durée. D’autres se lisent dans les transformations qu’ils laissent derrière eux. À la tête de Comilog pendant huit années, Léod-Paul Batolo aura dirigé l’entreprise à travers une période faite d’accélération industrielle, d’investissements massifs, de réformes managériales, mais aussi de tensions sociales. Au moment où une nouvelle page s’ouvre avec la nomination d’un nouvel Administrateur directeur général, le bilan invite moins au récit triomphal qu’à une lecture d’ensemble.

Huit années. Dans la vie d’une entreprise minière de cette dimension, c’est suffisamment long pour mesurer une trajectoire.
Lorsque Léod-Paul Batolo prend les commandes de Comilog en 2019, l’entreprise produit 4,6 millions de tonnes de minerai et compte 1 906 employés à temps plein. En 2026, les indicateurs racontent une entreprise qui a changé d’échelle : 6,9 millions de tonnes produites, 6,6 millions de tonnes embarquées et 2 135 Employés à temps plein.
Mais réduire ces huit années à une succession de records serait passer à côté de l’essentiel.

Le premier marqueur du mandat Batolo est industriel. L’ouverture du gisement d’Okouma en 2020, puis le lancement de Jeroboam en 2022, ont accompagné la montée en puissance des volumes. En 2022, Comilog atteint même un rythme de production et d’embarquement équivalent à 10 millions de tonnes par an, présenté dans le bilan comme un record historique pour l’entreprise.
Derrière les chiffres, il y a surtout une stratégie d’investissement. On parle de 575 millions d’euros investis entre 2018 et 2025, notamment pour renouveler les mines, développer Okouma, moderniser le rail et accélérer la digitalisation des opérations.
Cette transformation industrielle s’est accompagnée d’une évolution des méthodes de production et de pilotage. Eramet Production System, LMO, IROC, Centre intégré des opérations : Comilog a progressivement renforcé ses outils de performance et de supervision.
Le résultat est une entreprise qui, au terme de la période, n’est plus exactement celle de 2019.

Le chiffre ne dit pourtant pas tout
La performance industrielle constitue une partie du bilan. L’autre se situe dans les territoires.

À Moanda et dans son environnement, les huit années écoulées ont été marquées par plusieurs opérations de relogement, des projets communautaires et des dispositifs destinés à favoriser l’émergence d’activités économiques locales.
Le cas de Lekolo 2 est emblématique : 417 maisons livrées pour 1 236 personnes concernées. Le bilan mentionne également plus de 300 projets financés par le Fonds d’Amorçage en 2024-2025, 308 emplois créés directement dans les communautés et 88 projets d’investissement communautaire entre 2021 et 2025.

Cette dimension sociale est importante parce qu’une compagnie minière ne se juge pas uniquement à ses tonnes de minerai. Elle se mesure également à la manière dont son activité transforme positivement ou négativement le quotidien des populations qui vivent autour de ses installations.
Sur ce terrain, le bilan des huit années comporte donc une dimension qui dépasse les seuls indicateurs financiers.

Une contribution économique majeure
L’autre enseignement de la période est le poids économique de Comilog.
Au cours des huit dernières années l’entreprise a versé 813 milliards de FCFA de taxes et redevances au budget de l’État entre 2018 et 2025,ce qui représente par ailleurs,, une contribution moyenne de 47 % à l’EBITDA du groupe Eramet entre 2019 et 2026.
Ces chiffres replacent le mandat Batolo dans une réalité plus large : Comilog demeure l’un des principaux actifs industriels du Gabon et un acteur déterminant de l’économie de la province du Haut-Ogooué.

Seul point d’ombre: Les tensions sociales

Les huit années n’ont pas été un long fleuve tranquille. L’entreprise a connu des périodes de tension avec une partie de ses partenaires sociaux.

En août 2024, six syndicats avaient déposé des préavis de grève, faisant état notamment de revendications liées aux carrières, aux négociations sociales et à l’application de certaines résolutions issues du dialogue social. Le mouvement annoncé avait finalement été suspendu après une médiation et des discussions avec la direction et l’Inspection du travail.
L’épisode de 2025 sera plus difficile à contenir. En mars, six syndicats ont effectivement déclenché une grève, alors que des négociations étaient encore en cours. La direction et les organisations syndicales défendaient alors des lectures différentes de la situation et des revendications.
Ces épisodes constituent nécessairement un temps faible dans la lecture du mandat.

C’est toute la complexité du bilan Comilog 2019-2026.
Un indicateur mérite néanmoins une attention particulière : celui de la sécurité.
Le TF2 est passé de 3,3 en 2019 à 0,12 en 2026, soit une diminution de 96 %. Cette évolution est certainement le meilleur niveau de sécurité jamais enregistré par l’entreprise.
Au-delà du caractère statistique du chiffre, l’enjeu est humain. Dans une activité minière, améliorer durablement la prévention des accidents constitue une transformation de fond.

C’est également sur ce type d’indicateur que se mesure la capacité d’un management à inscrire ses réformes dans la durée.
Produire plus, mais préparer l’après-mine
Autre évolution notable : la volonté affichée de diversifier l’écosystème économique autour de l’activité minière.
Fablab de Moanda, Fonds d’Amorçage, Hôtel Buding, 3L des Pavés, Fondation Lékédi Biodiversité : le bilan recense plusieurs initiatives destinées à développer les compétences, l’entrepreneuriat et des activités au-delà de la seule extraction du manganèse.

La transition industrielle apparaît également dans les expérimentations autour de la substitution du coke par le charbon de bois, avec des taux annoncés de 30 % en 2024 puis 70 % en 2025.
Autrement dit, les huit années Batolo n’auront pas seulement consisté à produire davantage de manganèse. Elles auront aussi cherché à préparer l’entreprise à de nouveaux standards industriels, environnementaux et managériaux.

Le départ de Léod-Paul Batolo ouvre désormais une nouvelle séquence pour Comilog.
Son bilan ne peut être enfermé dans une formule définitive. Il comporte des réussites mesurables : production en hausse de 50 %, investissements de 575 millions d’euros, progression des effectifs, baisse spectaculaire du TF2, développement de nouveaux gisements et multiplication des projets territoriaux.





Assistant Edu Gabon