La gouvernance publique est aujourd’hui au cœur des transformations politiques, économiques et sociales en Afrique. Face à la complexité croissante de la gestion de l’action publique, les États africains ont, depuis le début des années 2000, multiplié les initiatives visant à améliorer la transparence, la participation citoyenne, et l’efficacité des institutions. C’est dans ce contexte que fut créé, en mars 2003 à Abuja, le Mécanisme Africain d’Évaluation par les Pairs (MAEP). Cet instrument panafricain novateur repose sur un processus volontaire d’auto-évaluation rigoureuse de la gouvernance, articulé autour de standards africains et d’une approche participative.
Le Gabon, signataire du Mémorandum d’Entente du MAEP depuis 2011, a exprimé sa volonté de s’inscrire pleinement dans cette dynamique. Cependant, malgré cette adhésion formelle, le pays n’a pas encore finalisé son processus de Revue Pays. Dans le contexte politique actuel, marqué par une transition entamée en 2023, l’évaluation de la gouvernance nationale apparaît comme une priorité stratégique. En effet, elle représente non seulement un acte de transparence et de redevabilité, mais aussi un levier d’accompagnement des réformes et de repositionnement du pays sur la scène régionale et internationale.
D’abord, il convient de souligner que l’évaluation de la gouvernance peut être envisagée comme un outil structurant de transformation. La gouvernance, entendue comme la capacité d’une société à se doter de règles, d’institutions, de mécanismes de délibération et de contrôle (Perret, 2011), est indissociable de la qualité des politiques publiques. Lorsqu’elle est bien évaluée, elle permet de diagnostiquer les faiblesses structurelles, d’identifier les leviers de réforme, et de suivre les progrès accomplis. À ce titre, la Revue Pays constitue un cadre de pilotage stratégique et un repère partagé pour l’ensemble des acteurs nationaux.
Ensuite, l’année 2027 revêt une importance particulière, tant sur le plan national que continental. En effet, cette échéance coïncide avec la tenue du Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement du MAEP, prévu pour février 2027. Ce sommet offre une occasion unique pour le Gabon de présenter sa Revue Pays et de valoriser ses engagements en matière de bonne gouvernance. Il s’agira d’un signal fort adressé à l’Union africaine, mais également à l’ensemble de ses partenaires bilatéraux et multilatéraux. Dans un contexte où la crédibilité institutionnelle est scrutée à l’échelle internationale, cette démarche pourrait renforcer l’image du Gabon comme acteur réformateur, responsable et engagé.
Par ailleurs, il ne fait aucun doute que cette évaluation intervient à un moment crucial de l’histoire nationale. En effet, la transition politique en cours offre un moment de refondation démocratique, qui appelle un renforcement de l’architecture institutionnelle. Dans cette perspective, l’évaluation permettrait non seulement de mesurer les avancées de la transition, mais également d’identifier les ajustements nécessaires à la consolidation d’un pouvoir civil légitime, de mécanismes de transparence budgétaire, de participation citoyenne et de décentralisation effective. Autrement dit, elle peut jouer un rôle d’accélérateur et de stabilisateur des réformes engagées.
En outre, dans un pays où les attentes citoyennes en matière de justice sociale, de lutte contre la corruption et d’efficacité des services publics sont croissantes, l’évaluation apparaît comme un instrument de restauration de la légitimité de l’État. En rendant visibles les efforts accomplis, mais aussi les marges de progression, elle contribue à rétablir la confiance entre gouvernants et gouvernés. Ce processus inclusif, s’il est bien conduit, permettra aux citoyens, aux collectivités locales, à la société civile et au secteur privé de se réapproprier les enjeux de gouvernance.
D’un point de vue externe, l’évaluation de la gouvernance est également une réponse pertinente aux exigences des partenaires techniques et financiers. Ces derniers conditionnent de plus en plus leur soutien à des engagements tangibles en matière de gouvernance, de transparence fiscale, de gestion des ressources naturelles et de lutte contre l’impunité. Ainsi, une Revue Pays bien menée pourrait servir de preuve de bonne foi et d’efficacité, ouvrant la voie à un renforcement de l’aide publique au développement, ainsi qu’à l’attraction d’investissements directs dans les secteurs prioritaires (santé, éducation, transition verte, etc.).
Par ailleurs, l’évaluation permettra au Gabon de s’aligner sur les grandes dynamiques internationales, notamment les Objectifs de Développement Durable (ODD). L’ODD 16, consacré à la paix, la justice et aux institutions efficaces, offre un référentiel pertinent pour juger de la qualité de la gouvernance nationale. De même, l’Agenda 2063 de l’Union africaine place la gouvernance démocratique et le développement inclusif au cœur de ses ambitions. Il importe donc pour le Gabon de se positionner comme un acteur proactif de ces engagements, notamment en valorisant son modèle de développement forestier durable et en démontrant la cohérence de ses politiques sociales.
À la lumière de ce qui précède, l’année 2027 ne doit pas être perçue comme une simple échéance technique, mais comme un véritable tournant stratégique. Elle pourrait marquer :
• La sortie complète de la transition ;
• La stabilisation d’un pouvoir civil appuyé sur des institutions crédibles ;
• La mise en œuvre de réformes structurelles durables.
C’est pourquoi l’évaluation de la gouvernance à cette date permettra, d’une part, de mesurer objectivement le retour à la normalité constitutionnelle, et d’autre part, de guider les priorités de l’action publique à travers un diagnostic partagé. Elle offrira également un instrument de redevabilité à l’égard des citoyens et des partenaires internationaux.
En conclusion, l’évaluation de la gouvernance nationale par le biais du MAEP constitue à la fois un acte politique majeur et un outil stratégique de transformation. Elle doit être conçue comme un processus volontaire, rigoureux, inclusif et orienté vers l’impact. Le Gabon dispose, à cet égard, d’une opportunité unique pour affirmer sa volonté de réforme, restaurer la confiance institutionnelle, et inscrire sa trajectoire dans une dynamique de développement durable, démocratique et résilient. À l’horizon 2027, réussir ce processus serait le symbole d’un nouvel ancrage républicain, au service de la stabilité, de la transparence et du progrès partagé.
Par Rosny Verlain BILEH-BI SIMA, Leader d’opinion
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