Par ROY ATIRET BIYE, journaliste et éditorialiste politique

Depuis le Coup de libération du 30 août 2023 au Gabon, une rhétorique discursive singulière a émergé et s’est progressivement imposée dans l’espace public national. Que ce soit dans les quartiers, les établissements scolaires, les administrations publiques ou encore dans les sphères médiatiques et cybernétiques, un même référentiel symbolique semblait désormais structurer les interactions sociales et politiques.

En effet, l’on n’entend plus qu’un fragment mélodique, sans cesse repris, réapproprié et mobilisé, tiré de notre saint hymne national : « C’est enfin notre essor vers la félicité », extrait de La Concorde. Ce motif de fierté républicaine, au-delà de sa dimension patriotique initiale, s’est mué en véritable signifiant politique, devenant l’expression sonore d’un moment de rupture institutionnelle et d’une volonté collective de refondation de l’ordre étatique.

Ainsi, cette récurrence discursive ne relèverait pas simplement d’un élan de ferveur nationale spontanée, mais participerait à la construction d’un imaginaire politique nouveau dans lequel la symbolique nationale était convoquée comme instrument de légitimation du changement de régime et de redéfinition du contrat social entre gouvernants et gouvernés.

Cependant, depuis quelque temps, le vocable même d’«essor vers la félicité» tend à disparaître des discours officiels comme des conversations ordinaires dans les quartiers populaires et les «matitis» qui s’étaient pourtant levés pour communier à cette rupture avec les militaires. Ces espaces sociaux demeurent aujourd’hui confrontés, comme par le passé, aux manquements persistants des éléments constitutifs du mieux-être et du vivre-mieux : accès à l’eau, à l’électricité, qualité des voiries urbaines, absence d’air de jeu ou encore flambée des prix des produits de première nécessité.

Certes, l’actualité récente fait état de la levée de certaines taxes sur ces biens de survie quotidienne par le Gouvernement, mesure louable, mais manifestement insuffisante au regard de la flopée d’impatiences sociales accumulées durant de nombreuses décennies. Notamment des mesures économiques durables pour sortir de la dépendance alimentaire auxquelles l’on peut se féliciter de la décision de l’interdiction de l’importation du poulet de chair à l’aune de l’année 2027.

C’est dans ce contexte d’impatience citoyenne que la Haute Autorité de la Communication a publié, le 17 février 2025, un communiqué radiotélédiffusé invoquant la protection des mœurs, des valeurs sociales, de l’intégrité des personnes et de l’honneur des institutions. Chose normale et qui commande la plus haute responsabilité de l’État. Néanmoins, cette décision semble avoir été perçue comme une résurgence sémiotique des méthodes et instruments politiques de l’ordre ancien, dans un moment où le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a largement été plébiscité lors du Coup de libération et bénéficier majoritairement des suffrages exprimés par les Gabonais à l’élection présidentielle d’avril 2025, apparaissant aux yeux de nombreux citoyens comme l’artisan d’une « nouvelle Bethlehem gabonaise », pour reprendre l’imaginaire révolutionnaire cher à Jules Michelet. Encore moins comme un artisan de la paix et de la crédibilité des institutions.

Dès lors, comment comprendre le «changement » au regard de tels actes dans les rapports de pouvoir et les interactions avec les pôles structurants de la vie publique ? Dans ce contexte précis, la sémiotique des images et la reproduction des récits méritent d’être analyser à l’aune de l’approche conséquentialiste qui évalue les actions politiques selon les conséquences effectives plutôt que leur intention ou leur conformité à une règle abstraite. Ici, les citoyens Gabonais, dans leur majorité , en faisant une veille rigoureuse des espaces cybernétiques , ont peut-être eu le loisir d’établir un lien avec le régime déchu qu’ils jugaient autoritaire et arbitraire. Si l’on se souvient que le Régime Présidentiel actuel n’avait pas jugé Bonne où mauvaise de se séparer de certaines figures de l’ordre institué des années Ali Bongo Ondimba, ce qui compte vraiment dans l’analyse des faits, c’est l’effet concret sur la légitimité des institutions, la stabilité et la perception que les citoyens Gabonais ont du Régime du Président de la République Gabonaise actuel, Brice Clotaire Oligui Nguema depuis son avènement à tête du pays.

Dans cette analyse il convient de convoquer les récriminations faite par l’école de la science politique rationaliste et institutionnaliste à propos de la «réplication des normes et des figures» Maurice du Verger évoque à juste titre la continuité des pratiques politiques qui semblent peut-être prêter à confusion dans la démarche du Gouvernement sur le terrain et dans les faits.

La liberté d’expression, la liberté de la presse et le droit d’accès à l’information, pourtant consacrés par l’article 14 de l’ordonnancement constitutionnel et par par les engagements internationaux dans les prédicats du Droit International Humanitaire/Pacte International des Droits Civiles et Politiques/Déclaration Universellle des Droits de l’Homme, Charte Africaine des Droits l’Homme etc…) souscrit par l’État gabonais, interrogent quant à la conduite publique adoptée et à l’image renvoyée à la communauté internationale. Il devient alors nécessaire de sortir de cette rhétorique de l’État hobbesien qui applique ipso facto la sentence de Plaute : Homo homini lupus. ( l’homme est un loup pour l’homme ). En d’autres termes, l’État ne devrait pas être un Loup pour le citoyen.

Par ailleurs, l’usage massif, voire abusif, des réseaux sociaux par les citoyens peut être appréhendé à la lumière des travaux de Manuel Castells sur la « société en réseaux » ou encore de Jürgen Habermas sur l’espace public délibératif.Deux hypothèses explicatives se dégagent : soit les contenus informatifs officiels et ceux des médias posent problème en termes de crédibilité et de pluralisme ; soit les médias nationaux sont progressivement devenus des caisses de résonance institutionnelles, au détriment de leur fonction première de structuration de l’opinion publique, de restitution des réalités quotidiennes et de médiation démocratique et sociale.

À cet égard, il convient également de relever que l’on n’a que très rarement, voire jamais, observé la Haute Autorité de la Communication initier des séminaires, des campagnes de sensibilisation ou des sessions de renforcement des capacités ( elle préfère la coercition à la pédagogie) sur les dérives des réseaux sociaux et les bonnes pratiques numériques : ni dans les établissements scolaires, ni dans les universités et grandes écoles, ni même à l’endroit du grand public, y compris au sein de ces mêmes plateformes numériques pourtant investies comme nouveaux espaces de socialisation, d’information et de communication institutionnelle.

Dans cette perspective, l’insuffisance de débats contradictoires, de reportages de terrain, d’éditoriaux analytiques et de magazines de décryptage sur la télévision nationale interroge sur la capacité réelle des médias d’État à recadrer l’action publique et à entretenir une atmosphère de reliance sociale, conditions pourtant essentielles à la participation démocratique et au vivre-ensemble.

Certains confrères, reconnus de notoriété publique, évoquent d’ailleurs, lors de nos entretiens, la nécessité de déchoir certains visages devenus représentatifs de la déchéance du langage politique et des institutions. Cette tragédie de la figure doit s’entendre non pas dans une logique « de la mort de l’autre » mais plutôt dans une logique de légitimité institutionnelle fondée sur les visages qui les incarnent. Or, la tendance observée est à la reproduction de discours controversés par des figures qui les ont toujours produits.

Comme nous l’apprend Jacques Robrieux, « toute figure doit s’inscrire dans une perspective historique », l’histoire étant la mémoire du passé. À ce titre, le Président de la République Gabonaise, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, est un Président moderne passionné par les outils et les contenus numériques qui favorisent les nouvelles méthodes du marketing et de la communication politique et institutionnelle. C’est d’ailleurs sur ces mêmes réseaux sociaux que l’on a pu observé que le Président est un humain équilibré qui pratique du sport témoignant de sa vigueur et de son bon état de santé ( gage pour l’exercice du pouvoir) . Cet élan de sa vision dans le cyber espace a eu une résonance politique encore plus édifiante lorsqu’il a pris l’initiative politique exclusive dans notre pays, d’offrir à la jeunesse estudiantine Gabonaise des ordinateurs portables pour s’inscrire dans une ère globale de connexion avec le monde et de facilitation des apprentissages mais également de progrès national. Si le Président veut donc conserver sa relation tonique, à la fois confessionnelle et humaniste avec le Peuple Gabonais, il convient d’obéir à cette règle de l’histoire qui oblige à respecter la complainte d’Hannah Arendt car une nouvelle politique mérite un nouveau monde. C’est ainsi que la Haute Autorité de la Communication ( HAC) retrouvera son essor vers la félicité.

Par Roy ATIRET BIYE
Journaliste éditorialiste politique
Certifié IDEA International en analyse politique et électorale
En spécialisation en Francophonie, Stratégie et Relations Internationales (IRIC).



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