Libreville – Dans un contexte de fortes suspicions de dérives financières au sein des délégations provinciales, la direction générale adjointe de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA) engage une reprise en main sans précédent du circuit des recettes. Réquisition des carnets d’encaissement, gel des dotations et menace de sanctions : une opération de nettoyage qui vise à assécher les pratiques parallèles.

La décision est tombée comme un coup de massue dans les services déconcentrés. Par note N°338 en date du 30 juin 2026, le Directeur général adjoint de l’AGASA, le Commandant Guy Oscar Sadibi Mapangou, a ordonné la réquisition immédiate des ordres d’encaissement et de recettes utilisés par les délégations provinciales.
Derrière cette mesure administrative se dessine une offensive beaucoup plus large : reprendre le contrôle d’un système jugé poreux, où les flux financiers liés aux redevances de contrôles sanitaires et phytosanitaires échappent, en partie, à la chaîne comptable officielle.

Selon des sources internes, la nouvelle direction administrative et financière (DAF) aurait mis au jour un dispositif de gestion jugé « fragmenté », marqué par la circulation de carnets d’encaissement insuffisamment contrôlés, parfois non restitués, et surtout par l’usage de supports non sécurisés  quittances manuscrites ou reçus artisanaux  en marge des procédures réglementaires.
Ces pratiques, tolérées dans certaines délégations, auraient favorisé l’émergence de circuits parallèles difficilement traçables, alimentant soupçons de malversations et pertes de recettes.

La réponse du DGA est immédiate et structurée : plus aucune nouvelle dotation de carnets ne sera effectuée sans restitution intégrale des carnets déjà utilisés ou en circulation. Les délégations provinciales disposent d’un délai d’une semaine pour se conformer à cette exigence.

En filigrane, l’objectif est clair : « assécher » toute possibilité d’encaissement hors du circuit officiel. Sans carnet homologué, aucune recette ne peut être légalement perçue.
Dans les services concernés, la mesure est perçue comme un tournant. Pour certains cadres, il s’agit d’une reprise en main nécessaire d’un système devenu difficilement contrôlable. Pour d’autres, elle traduit une tension croissante entre la direction centrale et des délégations accusées de larges marges d’autonomie.

Le ton de la note ne laisse guère de place à l’interprétation. Tout retard ou refus d’exécution sera assimilé à une insubordination passible de sanctions disciplinaires. Une formulation qui traduit la volonté de rompre avec ce que la direction qualifie de « laxisme structurel ».

Au-delà de l’aspect comptable, c’est l’autorité hiérarchique qui est réaffirmée. Le DGA entend remettre les délégations provinciales sous un contrôle strict, dans un contexte où les flux financiers de l’AGASA constituent un enjeu sensible pour les finances publiques et la crédibilité de l’institution.

Créée pour garantir le respect des normes sanitaires et phytosanitaires, l’AGASA perçoit des redevances sur les contrôles effectués auprès des opérateurs économiques. Mais chaque franc non tracé fragilise l’ensemble de la chaîne : perte de recettes pour l’État, insécurité pour les usagers, et atteinte à la crédibilité d’une agence censée incarner la rigueur réglementaire.

En centralisant la gestion des carnets et en imposant leur restitution, la direction adjointe pose les bases d’un audit plus large. Celui-ci devrait permettre d’identifier les écarts, de reconstituer les flux et, potentiellement, d’établir les responsabilités.

Vers une phase d’assainissement ?
Dans les couloirs de l’administration, beaucoup s’attendent désormais à une deuxième étape : la publication des résultats de contrôle et l’ouverture de procédures disciplinaires ciblées. Une perspective qui pourrait rebattre les cartes au sein des délégations provinciales.

À l’AGASA, la séquence actuelle est présentée comme un retour à l’orthodoxie financière. Mais sur le terrain, elle s’apparente déjà à une opération de vérité, où l’enjeu dépasse la simple comptabilité : il s’agit de restaurer la confiance dans une institution clé de la sécurité sanitaire nationale.



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