À Libreville, la crise de l’eau prend une tournure plus sombre. Dans un communiqué publié le 1er juillet 2026, le ministre de l’Accès Universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, a levé le voile sur une affaire qui ne relève plus seulement des tensions d’approvisionnement. Des agents de la SEEG sont désormais directement mis en cause dans un réseau présumé de commerce illégal d’eau potable, structuré et opérant à grande échelle.
Selon les éléments communiqués par les autorités, cette situation ferait suite à des échanges directs entre le chef de l’État et des agents de l’entreprise publique, sans que soient précisés ni le nombre de personnes impliquées, ni leur niveau hiérarchique, ni la nature exacte des sanctions envisagées. Une opacité qui, déjà, nourrit interrogations et spéculations dans un pays où la gestion de l’eau cristallise les frustrations sociales.
Le communiqué ministériel décrit un dispositif reposant sur trois mécanismes principaux : la sous-traitance, les prête-noms et des groupements d’intérêts économiques illégaux. Autant de montages qui suggèrent, selon plusieurs observateurs, une organisation installée dans la durée, bien loin d’actes isolés ou opportunistes.
Les circuits identifiés auraient permis la revente d’eau potable à des tarifs largement supérieurs à la mercuriale officielle. Là où le prix réglementé est désormais fixé à 3 000 FCFA le mètre cube, certains cubitainers étaient écoulés entre 10 000 et 20 000 FCFA, créant une rente importante autour d’un bien devenu vital dans plusieurs quartiers de la capitale.
Reste une question centrale : cette rente a-t-elle bénéficié à des agents de la SEEG agissant seuls, ou à un réseau hybride associant intermédiaires extérieurs et personnels internes ? À ce stade, les autorités n’apportent pas de réponse tranchée.
55 véhicules saisis, des filières sous surveillance. L’opération en cours a déjà conduit à la saisie de 55 véhicules, principalement attribués à des ressortissants étrangers selon les autorités. Ces moyens logistiques, essentiels dans la distribution de l’eau en situation de pénurie, seraient au cœur du dispositif de revente illicite.
La mobilisation de moyens militaires dans cette opération, plutôt que de mécanismes internes de contrôle de la SEEG, souligne la sensibilité du dossier et la perte de confiance dans les circuits traditionnels de régulation. Aucune précision n’a cependant été donnée sur d’éventuelles poursuites judiciaires contre les agents impliqués.
Une crise qui interroge la gouvernance du secteur
Cette affaire intervient dans un contexte de restructuration profonde du secteur de l’eau et de l’électricité au Gabon. Le processus de séparation de la SEEG en deux entités distinctes une dédiée à l’eau, l’autre à l’électricité est présenté comme une réforme structurante visant à clarifier les responsabilités et améliorer la performance.
Mais la révélation de ces pratiques internes soulève une question plus large : celle de la capacité réelle de l’entreprise à se réformer de l’intérieur. Le fait que le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, ait dû intervenir directement auprès des agents pour que des dérives soient mises au jour, plutôt que via les organes internes de contrôle, met en lumière les fragilités persistantes de la gouvernance de la SEEG.
Dans un pays où l’accès à l’eau reste un enjeu social et politique majeur, cette affaire dépasse le simple cadre d’un scandale administratif. Elle révèle, en creux, les tensions d’un système sous pression, où la rareté d’une ressource essentielle devient le terreau d’économies parallèles difficiles à contenir.
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