Depuis près de deux ans, le ministère de l’Économie met régulièrement en avant les performances des recettes douanières, lesquelles dépasseraient largement les objectifs fixés par les différentes lois de finances. De quoi permettre aux responsables de la Direction générale des Douanes et des Droits indirects (DGDDI) de se féliciter de ces résultats.

Mais derrière ces chiffres flatteurs, le malaise semble persister au sein de l’administration douanière. De nombreux agents dénoncent des résultats qu’ils considèrent comme étant en trompe-l’œil, estimant que la Douane gabonaise dispose encore d’importantes marges de progression, tandis que les conditions de vie et de travail restent largement en deçà des attentes.

Des recettes en hausse, mais des conditions qui stagnent
Les chiffres des recettes budgétaires sont, en apparence, éloquents. La Douane gabonaise affiche des dépassements parfois considérables par rapport aux objectifs inscrits dans les lois de finances. Voilà pour le côté cour.
Côté jardin, en revanche, le constat dressé par plusieurs agents est beaucoup moins reluisant.

Selon ces témoignages, les conditions de vie et de travail ne connaissent pas d’amélioration significative. Les dotations en matériel roulant seraient insuffisantes, tandis que les uniformes, dont le port serait obligatoire depuis la période dite de la Libération, feraient toujours défaut à certains agents.
Autre difficulté régulièrement évoquée : le transport du personnel. De nombreux douaniers seraient contraints d’emprunter les transports en commun pour rejoindre leurs postes, avec les risques de retard que cela comporte, notamment pour ceux affectés à des services exigeant une présence matinale.

À cela s’ajouteraient des inquiétudes concernant les assurances complémentaires, dont la pérennité serait menacée par des difficultés de paiement.
Des outils de travail toujours insuffisants
Au-delà des conditions sociales, c’est également l’environnement professionnel qui suscite des interrogations.
Dans plusieurs services, des agents seraient confrontés à un manque d’équipements informatiques nécessaires à l’accomplissement de leurs missions. Certains bâtiments administratifs apparaissent vieillissants, parfois dépourvus du mobilier et des aménagements nécessaires.

Une situation qui contraste fortement avec les performances financières affichées par l’administration douanière.
Pour plusieurs agents, il devient difficile de comprendre comment une administration capable de mobiliser d’importantes recettes pour le budget de l’État peut éprouver autant de difficultés à améliorer les conditions de travail de ceux qui contribuent directement à ces performances.
Une formule revient d’ailleurs dans les conversations : « On ne peut pas demander du lait à une vache sans entretenir la vache qui le produit. »
Le contraste avec les Impôts interroge
Sans prétendre que les deux administrations sont strictement comparables, les similitudes entre les régies financières alimentent les interrogations de certains douaniers.

Ces derniers comprennent difficilement, selon leurs témoignages, les écarts qu’ils observent avec leurs collègues de l’administration fiscale.
Aux Impôts, affirment-ils, des véhicules de service sont mis à la disposition de nombreux responsables, tandis que des bus assurent le transport du personnel. Des investissements seraient également visibles dans plusieurs localités du pays.
À la Douane, le tableau serait tout autre. Même sur certains sites considérés comme stratégiques, les infrastructures seraient dans un état jugé préoccupant, avec des bâtiments décrits par certains agents comme vétustes et peu adaptés à leurs missions.
Un contraste qui nourrit le sentiment d’un manque de reconnaissance envers les personnels douaniers.

Un management contesté
Pour plusieurs agents interrogés, cette situation serait en partie liée à ce qu’ils qualifient de management approximatif de l’équipe dirigeante actuelle.
Ils dénoncent une gestion qui, selon eux, privilégierait les résultats financiers sans accorder la même attention aux conditions dans lesquelles les agents sont appelés à les réaliser.
Le malaise est d’autant plus grand que certains responsables bénéficieraient de véhicules de fonction et de conditions matérielles jugées confortables, tandis qu’une grande partie des agents serait confrontée à des difficultés quotidiennes.
À Owendo, le problème du transport cristallise les tensions
La situation du transport du personnel illustre particulièrement ce malaise.
Au port d’Owendo, alors que des agents doivent prendre leur service tôt le matin, les difficultés liées à la disponibilité des bus de transport seraient devenues une source de préoccupation.

Comment un agent domicilié à Akanda et affecté à Owendo peut-il raisonnablement rejoindre son poste à 7 h 30 sans véhicule de service ni transport collectif adapté ?
La question, posée par certains agents, traduit un sentiment de frustration croissant face à des conditions qu’ils jugent incompatibles avec les exigences de leur mission.
Parallèlement, des interrogations circulent également autour de présumés détournements de recettes au port d’Owendo. Ces accusations, qui restent à établir et nécessiteraient des éléments vérifiables, renforcent néanmoins le sentiment d’incompréhension exprimé par certains douaniers.

Une administration performante, mais à quel prix ?
Au final, le paradoxe est saisissant : d’un côté, une administration qui affiche des performances remarquables en matière de mobilisation des recettes ; de l’autre, des agents qui décrivent des conditions de travail difficiles et un manque d’investissements.
Pour ses détracteurs, la Douane gabonaise donnerait ainsi l’image d’un « tombeau blanchi » : des résultats visibles à l’extérieur, mais un malaise persistant à l’intérieur.
Reste surtout la question du modèle de gestion. Une administration appelée à contribuer fortement aux recettes de l’État peut-elle durablement maintenir ses performances sans investir suffisamment dans ses ressources humaines, ses infrastructures et ses outils de travail ?

Le statut militaire, nouvelle source d’interrogations
À ces préoccupations s’ajoute enfin la question du statut de la Douane comme corps assimilé ou intégré aux forces de défense et de sécurité, selon les dispositions applicables.
Pour certains agents, cette évolution soulève des inquiétudes quant à l’exercice de leurs droits collectifs, notamment en matière de représentation syndicale et de revendications professionnelles.
Ils redoutent qu’un cadre plus contraignant ne réduise les possibilités de contestation interne et ne crée un déséquilibre entre les obligations imposées aux agents et les garanties dont ils disposent.
Au-delà des chiffres, la question posée est donc celle-ci : comment garantir durablement la performance de la Douane gabonaise sans laisser de côté les femmes et les hommes qui en constituent le principal moteur ?

Car une administration performante ne se mesure pas uniquement à ses recettes. Elle se mesure aussi à la qualité de ses infrastructures, à ses équipements, à la considération accordée à ses agents et à sa capacité à créer les conditions permettant à chacun d’accomplir efficacement sa mission.





Assistant Edu Gabon