LIBREVILLE, 4 octobre 2026 — La pénurie de gasoil qui a perturbé plusieurs stations-service du Grand Libreville depuis le 30 septembre met en lumière la fragilité du système d’approvisionnement en carburants du Gabon, malgré le maintien de prix à la pompe parmi les plus bas d’Afrique centrale.
Le gouvernement gabonais affirme avoir pris des mesures d’urgence pour éviter une rupture prolongée. Les stocks disponibles auprès de la Société gabonaise d’entreposage des produits pétroliers (SGEPP) ont été mis à la disposition des distributeurs, tandis qu’un rationnement temporaire a été instauré dans l’attente d’une cargaison importée. Un navire était attendu samedi soir, avec un retour progressif à la normale annoncé à partir de dimanche 4 octobre.
Sur le terrain, la tension s’est traduite par de longues files d’attente et une limitation des ventes de gasoil à 10 000 francs CFA par véhicule dans plusieurs stations. La perturbation a affecté notamment les transporteurs et certaines activités dépendantes du carburant.
La situation rappelle un paradoxe bien connu des économies pétrolières : produire du brut ne signifie pas disposer de capacités suffisantes de raffinage et de distribution de carburants.
Le Gabon produit du pétrole mais dépend encore en partie des importations de produits raffinés. Sa raffinerie nationale, la SOGARA, implantée à Port-Gentil, doit faire face à des besoins qui dépassent ses capacités actuelles.
Le gouvernement cherche désormais à réduire cette vulnérabilité. Deux contrats d’études d’ingénierie ont été confiés en avril à Technip Energies pour moderniser et accroître les capacités de la SOGARA, avec notamment quatre nouvelles installations de stockage et un projet d’unité d’hydrocraquage.
Une nouvelle raffinerie à Port-Gentil fait également partie des projets engagés par les autorités.
Des prix protégés malgré la flambée mondiale
La tension sur l’approvisionnement intervient dans un contexte international particulièrement défavorable au diesel. Selon Reuters, les marchés mondiaux du gasoil restent fortement contraints par les perturbations des approvisionnements liées notamment aux conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, avec des stocks historiquement bas dans plusieurs grands marchés.
Le Gabon a pourtant choisi de maintenir ses prix à la pompe. L’essence est vendue à 595 francs CFA le litre et le gasoil à 575 francs, des niveaux inchangés depuis janvier 2024.
Cette politique a un coût important pour les finances publiques. Selon les données fournies dans le dossier gouvernemental, l’enveloppe consacrée à la subvention aux carburants a été portée à 55,3 milliards de francs CFA en 2026, contre 12 milliards prévus initialement.
Le choix politique est donc clair : absorber une partie du choc international plutôt que le répercuter immédiatement sur les consommateurs.
Une subvention dont le ciblage fait débat
Cette politique sociale présente toutefois une faiblesse : une grande partie de l’aide bénéficie aux ménages qui consomment le plus de carburant.
La Banque mondiale estime ainsi que les subventions aux carburants sont mal ciblées au Gabon. Dans une analyse antérieure, l’institution relevait déjà que le diesel constituait la principale composante des subventions et profitait largement aux ménages les plus aisés.
Le gouvernement cherche désormais à disposer de meilleurs instruments pour cibler les aides, notamment à travers le Registre social unique et le recensement des Gabonais économiquement faibles.
Le véritable enjeu : sortir de la gestion d’urgence
La crise actuelle ne se résume donc pas à une rupture ponctuelle dans les stations-service.
Elle pose une question plus structurelle : comment garantir durablement l’approvisionnement d’un pays producteur de pétrole lorsque ses capacités de raffinage, de stockage et d’importation restent vulnérables aux fluctuations internationales ?
La réponse du gouvernement repose désormais sur trois leviers : sécuriser les stocks à court terme, moderniser la SOGARA et accroître les capacités nationales de raffinage et de stockage.
Le retour à la normale annoncé pour le 4 octobre permettra de desserrer la pression sur les automobilistes. Mais il ne supprimera pas la fragilité de fond.
Pour le Gabon, l’enjeu dépasse donc le remplissage des stations : il s’agit désormais de transformer une économie productrice de pétrole en une économie capable de sécuriser durablement son propre approvisionnement en carburants.




