À Libreville, la Direction générale de la Protection de la veuve et de l’orphelin réunit, les 3 et 4 septembre, magistrats, psychologues, travailleurs sociaux et acteurs associatifs autour d’un même défi : mieux prévenir la spoliation et rendre les mécanismes de protection plus accessibles aux familles vulnérables.

À Libreville, la protection des veuves et des orphelins entend changer de dimension. Loin de se limiter à une assistance sociale ponctuelle, elle se veut désormais davantage structurée autour du droit, de l’écoute et de la coordination entre les différents acteurs de la chaîne de prise en charge.
C’est tout l’enjeu de l’atelier organisé les 3 et 4 septembre 2026 dans la salle polyvalente de l’hôtel de CAN de Nzeng-Ayong par la Direction générale de la Protection de la veuve et de l’orphelin. Pendant deux jours, magistrats, psychologues, travailleurs sociaux, experts et représentants d’organisations de la société civile confrontent leurs expériences afin de renforcer les capacités de ceux qui interviennent auprès des personnes vulnérables.

Le droit comme première ligne de défense
Au cœur des discussions : une réalité souvent douloureuse, celle des conflits successoraux et des risques de spoliation auxquels peuvent être confrontés les conjoints survivants et leurs enfants après le décès d’un proche.

À l’ouverture des travaux, la ministre des Affaires sociales et de la Protection de l’Enfance, Armande Longo épouse Moulengui, a défendu une approche décloisonnée. Pour elle, la protection de la veuve et de l’orphelin ne peut être l’affaire d’une seule administration.

« La protection de la veuve et de l’orphelin exige une approche globale », a-t-elle souligné, appelant à une conjugaison des compétences et à une meilleure coordination des différents intervenants.
L’ambition affichée dépasse ainsi la seule connaissance des textes. Il s’agit de faire en sorte que les droits consacrés par la loi puissent effectivement être compris, exercés et défendus par ceux auxquels ils sont destinés.

« Notre ambition doit être claire : faire de la protection des droits des veuves et des orphelins une réalité vécue et non simplement un ensemble de principes consacrés par les textes », a insisté la ministre.

Régimes matrimoniaux : une matière technique aux conséquences très concrètes
La première journée de l’atelier a donné une place importante aux régimes matrimoniaux et à la protection du conjoint survivant. Une question juridique parfois complexe, mais dont les conséquences peuvent être considérables au moment d’une succession.
Christiana Ngolanga épouse Assambou, procureure de la République adjointe au parquet de la République près le Tribunal de première instance de Libreville, a notamment présenté les principales caractéristiques de la communauté des biens et de la séparation des biens. Elle a également évoqué le régime conventionnel, qui permet aux époux d’organiser contractuellement la gestion et la répartition de leur patrimoine.
Derrière ces notions juridiques se joue une question essentielle : celle de la capacité des familles à connaître leurs droits avant même qu’un conflit ne survienne.

La magistrate a ainsi insisté sur l’importance du rôle du notaire et sur la nécessité d’une sensibilisation accrue des populations. Une meilleure compréhension des règles matrimoniales et successorales peut, selon cette logique, contribuer à réduire les situations de vulnérabilité auxquelles certaines veuves peuvent être confrontées après le décès de leur conjoint.
De l’écoute à l’action judiciaire
L’atelier ne se limite toutefois pas aux questions patrimoniales. Les organisateurs souhaitent également renforcer les techniques d’écoute et l’intervention sociale.

Car derrière un dossier juridique se trouve souvent une personne confrontée à un traumatisme, à une rupture familiale et parfois à une situation économique particulièrement précaire. La présence de psychologues et de travailleurs sociaux traduit cette volonté d’intégrer la dimension humaine à l’accompagnement judiciaire.
Pour Leyla Sende, administratrice de l’ONG Grâce, la formation a notamment permis de clarifier certaines notions juridiques qui demeurent parfois difficiles à appréhender pour les acteurs de terrain.
Cette articulation entre droit, accompagnement psychologique et intervention sociale constitue l’un des principaux enjeux de la démarche. L’objectif est d’éviter que les bénéficiaires ne se retrouvent seuls face à des procédures dont ils maîtrisent mal les mécanismes.

Autre temps fort annoncé : une visite d’immersion au sein du circuit juridictionnel. Elle doit permettre aux participants de comprendre concrètement les différentes étapes d’une procédure judiciaire, depuis l’orientation jusqu’au traitement du dossier.
Cette immersion répond à une nécessité opérationnelle : mieux connaître le rôle de chaque intervenant pour limiter les ruptures dans la prise en charge.

Car si la protection juridique existe dans les textes, son efficacité dépend aussi de la capacité des institutions et des organisations de terrain à travailler ensemble. La coordination entre administration, justice, professionnels du social, psychologues et associations apparaît dès lors comme une condition essentielle pour rendre le dispositif plus efficace.

Une question de justice sociale
À travers cette initiative, les autorités gabonaises placent donc la protection des veuves et des orphelins dans une perspective plus large : celle de l’accès effectif aux droits et de la justice sociale.

L’enjeu est d’autant plus important que les situations de succession peuvent rapidement devenir des conflits familiaux, patrimoniaux et parfois judiciaires. Pour les personnes les plus vulnérables, la méconnaissance des procédures ou l’absence d’accompagnement peut alors aggraver les conséquences du décès.
L’atelier de Libreville porte ainsi une ambition qui dépasse les deux journées de formation : faire émerger une culture commune de la protection, renforcer les réflexes





Assistant Edu Gabon