Au-delà de l’extraction minière, le tandem État gabonais – Comilog tente de réinventer le modèle de développement du bassin de la Lébombi-Lékoko. Entre réhabilitation d’infrastructures d’urgence, soutien massif à l’entrepreneuriat local et contraintes budgétaires, plongée au cœur de la feuille de route RSE 2025.
À Moanda, Mounana et Bakoumba, le bruit des bulldozers ne résonne plus seulement au fond des carrières de manganèse, mais rythme désormais la modernisation des quartiers urbains et des périmètres agricoles. Confrontés à une pression démographique grandissante et à une attente sociale forte de la part des populations du Haut-Ogooué, l’État gabonais et le géant minier Eramet Comilog ont accéléré le déploiement de leur stratégie de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). L’objectif affiché dans leur bilan annuel 2025 est clair : passer d’une RSE « d’assistance et de compensation » à une véritable RSE « créatrice d’emplois » et moteur de diversification économique.
Ce virage partenarial repose sur un socle juridique consolidé. Depuis l’adoption du Code Minier de 2019 (Loi N°037/2018) et l’Addendum à la Convention Minière de 2020, les engagements ne sont plus laissés au seul libre arbitre de l’industriel. Deux instruments financiers majeurs alimentent le développement local :
Le Fonds de Développement des Communautés Locales (FDCL), alimenté par la redevance minière légale.
Le Fonds spécial RSE, financé directement par Eramet Comilog à hauteur de 2 % de son Résultat Opérationnel Courant (ROC) annuel.
En 2025, ce dispositif co-piloté par un Comité de Gestion Partenariale (CGP) et un Comité Opérationnel (CGO) a permis de mobiliser une enveloppe globale de 10,412 milliards de F CFA.
REPÈRES FINANCIERS 2025 ──────────────────┤
│ • Enveloppe globale disponible : 10,412 milliards XAF │
│ • Décaissements effectifs 2025 : 8,622 milliards XAF │
│ • Engagements reportés sur 2026 : 1,482 milliard XAF │
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L’un des faits marquants de l’exercice 2025 réside dans la montée en puissance des services publics essentiels. L’ouverture effective de l’Hôpital Départemental de Moanda illustre ce changement de dimension : avec 112 agents, plus de 7 600 consultations et 370 accouchements enregistrés dans l’année, la structure désengorge le réseau sanitaire provincial et affiche un taux d’occupation des lits supérieur à 85 %.
Dans le secteur éducatif, l’édification du Lycée de l’Excellence de Moanda un complexe ambitieux de 30 000 m² destiné à accueillir la jeunesse du bassin minier est entrée dans une phase critique (48 % d’exécution). Cependant, le chantier illustre aussi la complexité du co-pilotage : redimensionné par le ministère de l’Éducation Nationale pour intégrer de nouveaux standards nationaux, le coût du projet a grimpé à 3,96 milliards de F CFA, générant un dépassement budgétaire de 3,16 milliards de F CFA réajusté en cours d’exercice.
Face au stress hydrique sévère qui frappe la ville de Moanda, le Fonds RSE a financé la réalisation de 11 forages industriels ainsi que le raccordement de deux forages à Moukaba, apportant une capacité additionnelle stratégique pour le réseau de la SEEG. En parallèle, 856 nouveaux lampadaires solaires ont été déployés le long des axes prioritaires, renforçant la sécurité nocturne, tandis que les chantiers de voirie urbaine en béton (notamment l’Axe 21 au quartier Bangombé) facilitent le désenclavement des zones résidentielles en pleine croissance.
« La RSE ne doit plus se limiter à construire des murs, elle doit fonder les bases d’un tissu économique résilient capable de survivre à la mine. »
Diversification économique : L’accès au crédit comme catalyseur. C’est toutefois sur le terrain de l’autonomisation économique que la transition stratégique se veut la plus marquée. À travers la Phase 2 du Fonds d’Amorçage, Eramet Comilog garantit des lignes de crédit auprès d’établissements de microfinance locaux (FINAM, EDG, SODEC, BAMBOO) à des taux préférentiels. En 2025, 44 nouveaux projets TPE/PME ont bénéficié de 260 millions de F CFA d’injectés, portant le bilan cumulé de cette phase à 197 projets financés pour un total de 1,17 milliard de F CFA.
Au-delà des injections financières, des initiatives sectorielles emblématiques ont vu le jour :
Transports : Le projet « 1 Taxi, un Emploi, un Avenir » permet à des conducteurs d’accéder à la propriété de véhicules neufs équipés de géolocalisation.
Agro-industrie : À Bakoumba, le Projet Agro-Sylvo-Pastoral (PAB) structure la filière animale et piscicole, tandis que la Miellerie de Djoutou a démarré sa transformation industrielle avec plus de 250 kg de miel 100 % bio produits par une coopérative réunissant 6 villages.
Cette montée en charge ne va pas sans contraintes opérationnelles. Avec un rythme d’exécution très soutenu, les engagements contractuels non réglés en fin d’année (3,27 milliards de F CFA) dépassent le solde de trésorerie disponible (1,79 milliard de F CFA), imposant un précompte mécanique de 1,48 milliard de F CFA sur la dotation 2026. Un arbitrage assumé par les Comités de gestion pour maintenir le cap des investissements structurants.
En opérant cette mutation vers la structuration de chaînes de valeur (centrale d’achats, transport, agro-industrie), le partenariat Gabon-Eramet entend faire du bassin de la Lébombi-Lékoko une vitrine de la transformation minière en Afrique centrale : un modèle où la richesse du sous-sol sert directement à bâtir l’économie durable de l’après-mine.




