Trois mots prononcés par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, auront suffi à enflammer les réseaux sociaux : « taper la bouteille ».
Depuis, l’expression est commentée, moquée et parfois sévèrement critiquée. Certains estiment qu’elle serait trop populaire pour être employée par un chef d’État. Mais faut-il vraiment s’arrêter à la forme au point d’oublier le message ?

Dans le parler gabonais, le français du quotidien s’est enrichi de nombreuses expressions et tournures populaires. Elles ne peuvent pas toujours être comprises au sens littéral.

Dans ce contexte, « taper la bouteille » peut traduire l’idée d’un rappel à l’ordre, d’une mise en garde ou d’une sanction face à une responsabilité mal assumée.
Le fond du message est donc simple : une confiance accordée implique des résultats et celui qui ne répond pas aux attentes doit accepter d’être rappelé à ses responsabilités.
Un président qui parle directement
Le président Oligui Nguema assume une communication directe et imagée. Il ne s’enferme pas systématiquement dans le langage protocolaire ou administratif.
Faut-il le lui reprocher ?

Nous ne le pensons pas.
Un chef d’État peut parfaitement adapter son langage à son auditoire. Parler simplement ne signifie pas manquer de hauteur. Une expression populaire peut parfois transmettre plus efficacement une idée qu’une longue formule institutionnelle.
La fonction présidentielle exige de la responsabilité dans la parole, certes. Mais elle n’interdit pas la proximité avec le peuple.

Le Gabon parle français, mais il possède aussi ses propres expressions, ses propres images et ses propres façons de faire vivre cette langue.
C’est pourquoi il serait réducteur de qualifier automatiquement de vulgarité toute formule populaire.
Une expression peut être familière sans être irrespectueuse.
Il faut donc la replacer dans son contexte culturel, dans l’intention de celui qui la prononce et dans le message qu’elle véhicule.

Le véritable enjeu : la responsabilité
Au-delà de la polémique linguistique, « taper la bouteille » renvoie à une question essentielle : que fait-on de la confiance qui nous est accordée ?
Une fonction publique n’est pas un privilège permanent. Une nomination implique des obligations. Lorsqu’elles ne sont pas respectées, le rappel à l’ordre devient légitime.
Dans un pays qui aspire à renforcer la responsabilité dans la gestion publique, cette exigence n’a rien de vulgaire.
Elle est même fondamentale.

Les mots passent, le message demeure
On peut discuter de la forme. On peut préférer un vocabulaire plus institutionnel. C’est parfaitement légitime.
Mais réduire cette expression à une simple vulgarité serait passer à côté de son sens dans le contexte gabonais.
Le président a choisi une formule populaire pour faire passer un message de fermeté et de responsabilité.

Et si celle-ci a suscité autant de réactions, c’est peut-être aussi parce qu’elle a atteint son objectif : elle a été comprise, retenue et largement commentée.
Au fond, « taper la bouteille » nous rappelle une chose essentielle : dans l’exercice d’une responsabilité publique, la confiance se mérite, les résultats comptent et le devoir de rendre des comptes demeure.
Avant de condamner les mots, commençons donc par comprendre le message.





Assistant Edu Gabon