Près de dix mois d’arrêt d’activité, une centaine d’employés privés de salaires et plusieurs tonnes de médicaments exposées au risque de péremption. Malgré une commande publique déjà livrée, l’entreprise attend toujours le règlement de sa facture.

L’avenir de La Santé Pharmaceutique, unité industrielle spécialisée dans la fabrication de médicaments génériques implantée dans la zone économique de Nkok, s’assombrit davantage. Alors que les plus hautes autorités avaient exprimé leur volonté de redonner un souffle à cette industrie pharmaceutique nationale, l’entreprise reste confrontée à une paralysie persistante, sur fond de lenteurs administratives et de difficultés de trésorerie.

Depuis près de dix mois, les activités de l’usine sont à l’arrêt. Une situation qui a entraîné la mise en chômage technique d’environ une centaine de salariés, désormais confrontés à une précarité sociale grandissante. À cette difficulté s’ajoute le risque de péremption de plusieurs tonnes de médicaments, alors même que le pays cherche à renforcer la disponibilité des produits pharmaceutiques sur son territoire.

Pourtant, une perspective de sortie de crise avait semblé se dessiner à la suite de l’intervention du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Lors d’une réunion consacrée aux difficultés d’approvisionnement en médicaments, le chef de l’État avait clairement rappelé l’obligation de garantir l’accès des populations aux produits de santé : « Je n’accepterai plus qu’un Gabonais se présente dans un centre de santé et reparte sans les médicaments dont il a besoin. La disponibilité des produits de santé est une obligation de l’État, pas une option. »
Dans cette dynamique, le ministère de la Santé aurait passé une commande de médicaments génériques auprès de La Santé Pharmaceutique. Les produits auraient été livrés depuis environ trois mois, puis distribués dans différents établissements sanitaires du pays. Une opération qui devait notamment contribuer à relancer progressivement les activités de l’usine et à permettre le règlement d’une partie des arriérés dus aux employés.

Mais trois mois après cette livraison, l’entreprise attendrait toujours le paiement de sa facture. Aucun règlement n’aurait, à ce jour, été enregistré sur ses comptes, selon les informations recueillies auprès de sources proches du dossier.

Au-delà des difficultés financières de l’entreprise, c’est toute une centaine de familles qui subit les conséquences de cette situation. Privés de salaires depuis plusieurs mois, les employés peinent à faire face aux charges quotidiennes : loyers, scolarité des enfants, alimentation et autres dépenses essentielles.

« Nous ne comprenons plus vraiment ce qui se passe. Une bonne quantité de médicaments a été livrée au ministère de la Santé, qui les a ensuite distribués dans différents centres de santé. Mais depuis, aucune suite n’a été donnée. Le règlement de cette dette aurait permis de relancer l’activité de l’usine et d’éviter que les machines ne restent immobilisées. Il aurait également permis de soulager les employés, privés de salaire depuis bientôt dix mois », confie un salarié, visiblement éprouvé par cette situation.

Et de poursuivre : « Nous avons des loyers à payer, des enfants à scolariser qui sont encore à la maison depuis la rentrée scolaire, sans compter les besoins quotidiens auxquels nous devons faire face. Nous sommes lassés de cette situation et sollicitons une nouvelle fois l’intervention du chef de l’État pour que cette dette soit réglée dans les meilleurs délais. Notre survie et celle de l’entreprise en dépendent.»

Du côté de l’entreprise, les regards se tournent désormais vers les administrations chargées du traitement et du règlement de la dépense publique. Une source proche de la comptabilité estime que le dossier aurait déjà franchi certaines étapes au niveau du ministère de la Santé, mais resterait en attente de finalisation auprès des services compétents du ministère de l’Économie et du Budget.

« Nous sommes actuellement victimes de lenteurs administratives dans le traitement de notre dossier. Le ministère de la Santé a fait ce qu’il fallait pour que la facture soit payée. Il reste maintenant au ministère de l’Économie et du Budget d’accélérer les procédures pour que le règlement soit effectif », explique cette source.

Un enjeu de souveraineté pharmaceutique. Au-delà du sort d’une entreprise privée, la situation de La Santé Pharmaceutique pose une question plus large : celle de la capacité du Gabon à préserver et à développer son outil industriel dans un secteur aussi stratégique que celui du médicament.

Alors que les autorités affichent leur ambition de renforcer la production locale et de réduire la dépendance du pays aux importations pharmaceutiques, l’immobilisation prolongée d’une unité industrielle implantée à Nkok constitue un véritable sujet de préoccupation.

Comment encourager les investissements dans la production pharmaceutique locale si les commandes publiques livrées ne donnent pas lieu à des règlements dans des délais raisonnables ? Et comment préserver les emplois, les équipements et les compétences nationales lorsque les entreprises se retrouvent privées de trésorerie malgré l’exécution de leurs engagements ?

Pour les promoteurs de La Santé Pharmaceutique comme pour ses employés, l’urgence est désormais au dénouement de ce dossier. Le paiement de la créance attendue pourrait constituer un premier levier pour envisager la reprise des activités, préserver les emplois et éviter une dégradation supplémentaire de la situation.
À Nkok, le temps presse. Car derrière cette facture toujours en attente de règlement, c’est aussi l’avenir d’un outil de production pharmaceutique national et celui d’une centaine de familles qui se jouent.

Dossier la rédaction, à suivre…





Assistant Edu Gabon