Libreville,le 17 janvier 2026- Convergence Afrique.
La recrudescence des crimes rituels au Gabon continue de heurter la conscience collective et d’interpeller les pouvoirs publics. Dans ce climat de forte émotion nationale, l’hypothèse d’un retour de la peine de mort, évoquée début janvier par les plus hautes autorités de l’État, s’est invitée au cœur du débat public. Une perspective à laquelle s’oppose fermement l’Association chrétienne des professionnels de la justice, par la voix de sa présidente, Mme Lynda Nzah Bekalé, magistrat hors hiérarchie et conseiller à la Cour de cassation.
Pour cette haute magistrate, la gravité des crimes rituels, aussi insoutenables soient-ils, ne saurait justifier une remise en cause des principes fondamentaux du droit pénal gabonais, ni un recul sur le terrain des droits humains.
La peine capitale, une réponse émotionnelle plus que juridique
Dans son analyse, Mme Nzah Bekalé souligne que le débat sur la peine de mort est avant tout nourri par l’émotion légitime suscitée par des crimes d’une violence extrême. Mais le droit pénal, rappelle-t-elle, ne peut être gouverné par l’émotion. Il obéit à des principes, à des règles et à des garanties qui protègent aussi bien la société que les individus contre l’arbitraire.
Abolie en 2010, la peine de mort ne constitue plus, selon elle, un outil pertinent de politique criminelle. Non seulement en raison du caractère sacré de la vie humaine, mais aussi parce que son efficacité dissuasive n’a jamais été démontrée. « La sévérité d’une peine ne résout pas, à elle seule, un phénomène criminel complexe », fait-elle valoir.
Un arsenal pénal déjà dissuasif
Contrairement à une perception largement répandue dans l’opinion, le droit pénal gabonais prévoit déjà des sanctions particulièrement lourdes pour les crimes les plus graves. Les peines de réclusion criminelle pouvant aller jusqu’à trente ans constituent, de l’avis de la présidente de l’Association chrétienne des professionnels de la justice, des sanctions qui engagent durablement la vie entière d’un condamné.
Le problème n’est donc pas l’insuffisance de la loi, mais son application. Tant que les auteurs de crimes rituels ne seront pas systématiquement poursuivis et condamnés dans le respect des procédures, aucune réforme pénale ne produira l’effet escompté.
Les commanditaires au cœur de l’angle mort judiciaire
L’un des points les plus sensibles soulevés par Mme Nzah Bekalé concerne le traitement judiciaire des crimes rituels. Dans de nombreux dossiers, observe-t-elle, la justice parvient à interpeller les auteurs matériels, souvent issus de milieux modestes. Mais les instigateurs et commanditaires, qui tirent les ficelles en amont, échappent fréquemment aux poursuites.
Cette dissymétrie alimente un sentiment d’injustice et nourrit l’idée que certains crimes bénéficient d’une forme de tolérance ou de protection implicite. Pour la magistrate, tant que la chaîne de responsabilité pénale ne sera pas traitée dans son intégralité, la lutte contre les crimes rituels restera incomplète.
La preuve, pierre angulaire de toute justice pénale
Sur le plan strictement juridique, Mme Nzah Bekalé insiste sur une réalité souvent ignorée dans le débat public : sans preuves, il n’y a pas de justice possible. Le juge pénal ne statue ni sur des rumeurs, ni sur des suppositions, mais sur des éléments concrets, légalement établis.
Introduire la peine de mort dans un système confronté à des difficultés probatoires récurrentes exposerait la justice à des erreurs irréversibles. Une condamnation injuste assortie d’une peine capitale constituerait une faillite majeure de l’État de droit.
L’indépendance du juge comme rempart contre la criminalité
Pour la présidente de l’Association chrétienne des professionnels de la justice, la véritable réponse aux crimes rituels réside dans le renforcement effectif de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Cela suppose de mettre fin aux interférences dans les procédures sensibles, de permettre la levée des immunités lorsque des indices sérieux existent, et de garantir l’égalité de tous devant la loi.
Selon elle, une justice libre de juger, dotée de moyens d’enquête adéquats et protégée des pressions politiques ou sociales, constitue le seul rempart crédible contre la criminalité organisée et rituelle.
Entre compassion pour les victimes et exigence de droit
Consciente de la douleur des familles endeuillées, Mme Nzah Bekalé appelle à ne pas confondre justice et vengeance. La reconnaissance de la souffrance des victimes passe avant tout par des décisions judiciaires justes, motivées et exécutées, plutôt que par des réponses pénales spectaculaires mais inefficaces.
Dans un État de droit, conclut-elle, la lutte contre les crimes les plus odieux ne peut se faire qu’à travers une justice crédible, indépendante et respectueuse des principes fondamentaux. Toute autre voie risquerait d’affaiblir davantage la confiance des citoyens dans l’institution judiciaire.
Gaël BOBOUAGNO LENGA, journaliste juridique et chroniqueur judiciaire.
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