Libreville, 20 octobre 2025 –Convergence Afrique.
Le collectif des organisations de la presse indépendante gabonaise est monté au créneau ce lundi, lors d’un point-presse à Libreville, pour dénoncer avec vigueur l’arrestation brutale et la détention prolongée de Harold Leckat Igassela, Directeur de publication du média en ligne Gabon Média Time (GMT). Selon ses confrères, il s’agirait ni plus ni moins d’une « cabale politico-judiciaire » orchestrée pour faire taire une voix libre.
Interpellé de manière musclée à sa descente d’avion à l’aéroport international Léon Mba de Libreville par des éléments de la Direction générale des recherches (DGR), Harold Leckat est depuis détenu dans des conditions jugées inhumaines par ses collègues. Il aurait, selon les témoignages, passé cinq jours menotté à une chaise, sans accès aux toilettes, à l’hygiène ou même au sommeil réparateur, avant d’être présenté au procureur le vendredi 18 octobre.
Un contrat commercial utilisé comme prétexte judiciaire
Lors de la conférence de presse, Désiré Ename, porte-parole du collectif de la presse indépendante – incluant notamment RSF Gabon, OPAM, CPPPL, Renaji, UPJ Gabon et Média & Démocratie Gabon – a précisé les contours de l’affaire. Selon les éléments d’enquête communiqués par le parquet, les accusations à l’encontre du journaliste porteraient sur des « paiements reçus » dans le cadre d’un contrat signé en septembre 2020 entre Global Média Time (structure éditrice de GMT) et la Caisse de dépôts et consignations (CDC). Ce contrat, à caractère strictement commercial, portait sur une prestation de communication multiforme.
« Les documents en possession des avocats prouvent que le contrat a été exécuté jusqu’à sa rupture unilatérale par la CDC », a déclaré M. Ename, dénonçant au passage une tentative d’instrumentalisation du droit pénal dans ce qui ne relève que du domaine du droit commercial. « Ce contrat lie une institution publique à un prestataire privé. En cas de litige, seul le tribunal de commerce est compétent, non le pénal. »
Une tentative d’intimidation politique ?
Au-delà des aspects juridiques, les patrons de presse y voient surtout une tentative manifeste d’intimidation. « C’est une cabale politique contre un journaliste et un média qui dérangent», a martelé Désiré Ename. Pour le collectif, l’interpellation de Harold Leckat relève d’une volonté délibérée de museler une presse critique et indépendante, à travers des méthodes qualifiées de « dignes d’un autre temps».
Le directoire du média Jouractu, appuyé par l’ensemble du personnel, s’est également joint à la mobilisation, appelant à la libération « immédiate et sans condition » de leur confrère, et à des réformes profondes garantissant l’indépendance réelle de la presse au Gabon.
Un appel à la communauté nationale et internationale
Le collectif a enfin lancé un appel à l’opinion publique, tant nationale qu’internationale, pour faire pression sur les autorités gabonaises et obtenir la libération du journaliste. « Ce combat dépasse le cas Harold Leckat. Il s’agit de défendre la liberté de la presse, la dignité humaine et l’État de droit », a conclu Désiré Ename.




